Les actus de la cité

Écouter le "bruit" des œuvres

13.04.2017
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Après des mois de travail visant l’intégration du dépôt des collections textiles de l’ancienne École nationale d’Art décoratif d’Aubusson à la Cité internationale de la tapisserie, l’équipe de la régie des œuvres poursuit le grand chantier des collections. Il s’agit à présent de traiter un immense ensemble d’œuvres graphiques ayant servi de modèles à des tapisseries, des tapis ou des éléments de mobilier, issues des fonds des anciens ateliers de tapisserie Tabard et Braquenié.

Le chantier des collections consiste en une chaîne opératoire précise, permettant la normalisation de la conservation des pièces d’une collection publique et l’amélioration de leur documentation.

La collection d’œuvres graphiques de la Cité internationale de la tapisserie, comptant notamment ces Fonds Tabard et Braquenié, est estimée à environ 7 000 œuvres de petit format et 15 000 œuvres de grand format (des « cartons » de tapisserie, soit les modèles agrandis à l’échelle du tissage final).

L’ancien musée départemental de la tapisserie du Centre Jean-Lurçat d’Aubusson manquait d’espace pour conserver ces œuvres en réserves. La majorité de ces œuvres graphiques étaient donc conservées dans une salle dédiée aux Archives départementales de la Creuse.

Au sein de son nouveau bâtiment, la Cité de la tapisserie dispose aujourd’hui de trois espaces de réserves et d’une salle dédiée au soin des collections. Une grande partie des œuvres graphiques conservées aux Archives départementales a ainsi pu être rapatriée. Le chantier des collections se concentrera cette année sur le traitement des œuvres graphiques de petit format.

En premier lieu, les œuvres sont réparties par fonds d’atelier, triées par format, puis par typologie, selon leur usage: maquettes pour des tapisseries, des tapis ou des garnitures de mobilier. Une fois triées, les pièces sont nettoyées. Chaque œuvre est passée à la « chaussette à gomme », qui permet un nettoyage plus doux qu’un gommage direct, puis dépoussiérée au pinceau. Certaines pièces vont demander de petites consolidations.

La troisième étape consiste dans l’inventaire : les pièces sont enregistrées sur une base de données avec un numéro d’inventaire normalisé permettant d’identifier l’œuvre par typologie. L’enregistrement est renseigné par une description de l’œuvre, ses dimensions, une photo documentaire, mais également ce que Stéphanie Coudert, régisseuse des collections, appelle le "bruit de l’œuvre", c’est-à-dire tous les éléments caractéristiques, signatures, indices pour la recherche.

Les fonds comptent de nombreuses estampes et gravures, considérées comme des modèles d’inspiration ou ayant servi parfois de maquettes pour de futures tapisseries. Parmi elles, l’équipe a pu faire la découverte de quelques raretés, comme des estampes d’après François Boucher datées du milieu du XVIIIe siècle.

Ainsi, au-delà de renseigner l’inventaire des collections de la manière la plus fidèle et complète possible, il s’agit également d’améliorer la connaissance des ateliers et de l’histoire de leur production, d’écouter les fameux « bruits » des œuvres, de créer des connections entre elles. C’est le cas, par exemple, lorsqu’au cours d’un chantier des collections est découvert un carton ou une maquette correspondant à un tissage déjà connu.