Appels à création

Le Bain

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Christophe Marchalot et Félicia Fortuna, Mention spéciale du jury - Appel à création contemporaine 2012

Finalistes de l’appel à création 2012 sur le thème "Mobilier design en Aubusson", Christophe Marchalot et Félicia Fortuna ont été distingués par une mention spéciale du jury pour leur projet Le Bain. Un objet inquiétant et séduisant qui semble tout droit sorti d’un cabinet des curiosités contemporain.

Projet décalé et inattendu, Le Bain explore le médium tapisserie tout à la fois en s’inspirant et en s’affranchissant des catégories traditionnelles, pour se situer dans une zone grise entre design et arts plastiques. Le Bain est matière et forme, mi-créature naturelle, mi-objet, comme issu d’un monde végétal surréaliste. C’est une création troublante, inclassable, qui transforme en expérience sensible l’univers narratif pluriséculaire de la tapisserie d’Aubusson, construit autour de bestiaires fantastiques.

En cela, le projet de Christophe Marchalot et Félicia Fortuna, situé à la frontière du monde végétal et du monde animal, s’inscrit en cohérence avec les qualités essentielles de la tapisserie d’Aubusson, medium décoratif, narratif et immersif. Il rappelle et met en scène les matières premières nécessaires à la confection de tapisseries : la laine pour le tissage, les plantes pour les teintures. Les tons sont inspirés de la carapace d’un coléoptère de Thaïlande, ici retravaillés par l’Homme, en écho aux créatures étranges et fantastiques des bestiaires du Moyen Âge, qui peuplent les traditionnelles verdures d’Aubusson.

Immersif, Le Bain l’est à double titre. Il plonge le spectateur dans une ambiance angoissante et sensuelle tandis qu’il propose au corps de s’immerger dans l’eau. Le choix de l’objet baignoire fait écho à la récurrence du thème de l’eau dans les travaux des deux artistes et ouvre une brèche jusque-là inexplorée en tapisserie mais investie dès le XVIIIe siècle par la dentelle à l’aiguille pour la réalisation d’entourages de baignoires. Art décoratif par excellence, la tapisserie s’est essentiellement déployée dans les salons. Elle sort donc ici de son registre traditionnel pour entrer dans un domaine de l’habitat qu’elle n’avait pas pénétré. Objet évocateur de sensualité, cette baignoire ouvre également une porte sur l’intimité, loin des épopées chevaleresques qui ont servi de source d’inspiration pour de nombreuses tentures en Aubusson.

L’œuvre met en exergue le rapport ambivalent que l’homme a entretenu et entretient toujours à l’eau. Le Bain met en avant la préciosité de l’eau, source de la vie au cœur d’enjeux environnementaux et stratégiques du XXIe siècle. Mais il révèle également la dangerosité de ce liquide pourtant si nécessaire à l’humanité et à la propreté. L’objet rappelle qu’au Moyen Âge, le déclenchement d’une épidémie de peste entraînait la fermeture des bains publics. Évoquant indéniablement le VIH, les pointes de la baignoire actualisent ces angoisses.

Cette vue d'artiste proposée par Christophe Marchalot et Felicia Fortuna pour illustrer leur projet de baignoire tapissée a séduit un collectionneur en visite au Musée qui en a commandé le tissage auprès de l'Atelier Catherine Bernet à Felletin. L'œuvre est tombée du métier en décembre 2014.

Architecte de formation, Christophe Marchalot s’est d’abord consacré à la conception et la création de mobilier puis à des projets architecturaux, notamment au sein des agences Massimiliano Fuksas et Marc Barani. Il se spécialise par la suite dans l’aménagement et le paysage au Conservatoire International des Parcs et Jardins de Chaumont-sur-Loire. Félicia Fortuna a d’abord étudié le théâtre la Sorbonne Nouvelle, avant de devenir artiste plasticienne et auteur de textes. Ils travaillent ensemble depuis 2008.