Expo passée

Tapisseries 1925

Du 29 Juin 2012 au 31 Octobre 2012
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Aubusson, Beauvais et les Gobelins à l'Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris, 1925.

Jehanne Lazaj, conservatrice du patrimoine au Mobilier national, a proposé à Bruno Ythier, conservateur de la Cité internationale de la tapisserie, de réunir pour la première fois depuis 1925 le mobilier en tapisserie présent à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes.

Ouvrant ses portes après les années de guerre, le 28 avril 1925, l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes s’étale du Grand Palais à la place des Invalides sur vingt-trois hectares. Vingt et un pays participent, la plupart sont européens (l’Allemagne et les États-Unis déclinent l’invitation).

L’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 est à l’origine prévue pour refléter les considérations décoratives d’un début de siècle tourné vers l’avenir : réinventer le décor, rompre avec la tradition de copie d'ancien et rendre sa production accessible. Mais alors qu’ils sont tous attendus très modernes, les pavillons d’exposition se partagent entre tradition et un renouveau provoquant parfois l'indignation. Par exemple, la villa de l’Esprit nouveau de Le Corbusier (en illustration de cet article), très innovante, y fera scandale.

L’exposition se déploie en pavillons thématiques, de décorateurs et de provinces, dont les décors nécessitent des panneaux muraux et des tapis. De nombreuses pièces sont alors tissées dans les manufactrures privées d’Aubusson et de sa région (Felletin et Bourganeuf), utilisant tout autant la technique de la tapisserie de basse-lisse (métier horizontal) que celle du tapis au point noué (métier vertical). Ces commandes souvent spectaculaires permettent de faire venir dans la région aubussonnaise des modèles d’artistes ou de décorateurs à la mode.

Cette exposition avait déjà été investie à plusieurs reprises, mais la confrontation des œuvres de Beauvais, des Gobelins et d’Aubusson n’avait pas encore été réalisée depuis l’exposition parisienne. L’un des intérêts de cette exposition est donc de montrer l’étonnante diversité de la production tissée de cette période. Cette exposition est aussi l’occasion de faire découvrir les créations modernes de l’École Nationale d’Arts Décoratifs d’Aubusson présentes à l’exposition de 1925. Le catalogue de l'exposition, édité par Privat, est disponible à la boutique.

La scénographie

Cette exposition s’organise en espaces librement agencés regroupant des éléments mobiliers (complets ou incomplets) présents en 1925.

Interdiction absolue de toucher et surtout interdiction de s’asseoir alors que le parcours se fait au milieu de fauteuils et canapés... Il s’est donc imposé dès le départ la nécessité de créer au sein de chaque salle un salon ouvert dans lequel les visiteurs seraient naturellement amenés à s’asseoir et à feuilleter des documents autour d’une table basse. Des supports didactiques sous forme de journaux apportent ainsi des éclairages sur le contexte de l’exposition de 1925, les œuvres exposées, les artistes, les architectes ou décorateurs, les manufactures de tissage. Le choix de tabourets design en forme de M en résine orange, font écho au tabouret de forme similaire créé en 1925 par l’architecte décorateur Pierre Chareau.

Le soclage bas de chaque pièce (10 cm du sol) a été voulu de façon à conserver la nature de salon tout en mettant en exergue de façon individuelle chaque élément de mobilier. Les socles délimitent les stands eux-mêmes marqués par des kakémonos verticaux, de façon à conserver une fluidité dans la circulation et des espaces ouverts sans réels cloisonnements.

Lorsque des iconographies sont disponibles, les stands d’origine sont représentés par des photographies d’époque accrochées au mur.

La salle concernant les manufactures privées d’Aubusson est elle aussi un espace ouvert mais à la différence de la première, les éléments mobiliers n’y sont pas regroupés par stands, il y est question de pièces isolées, à l’origine présentées au sein de différents ensembles.

Cette diversité de pièces conduit le visiteur à imaginer la tapisserie au cœur des pavillons de 1925, au cœur d’architectures et de mobiliers créés par les grands décorateurs, la créativité propre à ces années est ici percevable et développées notamment dans les journaux mis à disposition des visiteurs.

La dernière salle consacrée aux travaux d’élèves de l’École Nationale d’Arts Décoratifs d’Aubusson propose en autre une série d’écrans de cheminée à l’origine exposés en 1925. À eux seuls, les écrans de cheminée n’auraient pas pu rendre compte du dynamisme de l’École en 1925, non plus du rôle des artistes postimpressionnistes qui ont influencé et participé à la pédagogie de l’école en pleine mutation. Il a donc été fait le choix d’exposer en arrière-plan et aux côtés de chaque écran les dessins et maquettes correspondants, retrouvés au sein de l’école (dont des maquettes d’artistes tels que Louis Valtat, Georgette Agutte, Paul Deltombe, Paul Véra). Ces pièces encadrées sont accrochées au mur de façon inclinée afin de marquer une différence entre les écrans exposés en 1925 et les pièces non exposées, ce choix scénographique a aussi pour but, par son dynamisme graphique, de souligner le dynamisme de l’École en 1925.