Histoire des ateliers

La Manufacture Picon

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Les Picon sont une des familles de tapissiers (aujourd’hui "lissiers") d’Aubusson les plus fortunées au XVIIIe siècle.

La famille Picon est une famille de grands tapissiers mais aussi de très bons commerçants. Les Picon ont construit leur fortune en réunissant trois conditions nécessaires à un succès commercial : ils offrent une très bonne qualité de produit, s’appuient sur un excellent réseau de distribution et s’approprient les codes à la mode du moment.

Une très bonne qualité de produit

La Manufacture Picon avait une activité de tapissier mais aussi de teinturerie, de chevillage et de pliage. Jean-François Picon, le patriarche, est également devenu teinturier du Roi. Avec la famille Grellet, les Picon développent à Aubusson de nouvelles techniques provenant d’autres territoires, par exemple le moulinage de soies importé de Saint-Chamond dans la région lyonnaise. La famille Picon dispose donc d’un savoir-faire relatif aux différentes étapes de production de tapisseries. Si la quantité de tapisseries produites par cette manufacture reste stable au cours du XVIIIe siècle, la qualité, elle, va croissant. Ainsi, les Fêtes chinoises sont tissées d’un point régulier et fin, exécutées avec des laines et soies bien teintes. Il arrive parfois que les grands tapissiers comme Picon sous-traitent à des ateliers plus modestes la réalisation de certains travaux mais l’exigence de qualité est maintenue.

Un excellent réseau de distribution

Pour faire prospérer ses affaires, la famille Picon a su mettre en place des stratégies commerciales efficaces pour atteindre une clientèle internationale et renommée. Ainsi, ils s’appuient sur des correspondants dans des grandes villes, par exemple des tapissiers originaires d’Aubusson installés à Paris, rue de la Huchette ou rue Boucher. Ils disposent également de relais dans de grandes villes européennes. En outre, ils s’inscrivent dans une longue tradition de pratique de réseaux, se traduisant par une endogamie assez forte qui permet d’expliquer certaines collaborations et associations professionnelles. Ces réseaux permettent à la famille Picon de produire et d’écouler près de 20% des ouvrages en tapisserie et tapis fabriqués à Aubusson durant l’année 1755.

Une recherche de nouveaux modèles

La diversification de la production pour s’adapter au goût du jour constitue une autre facette de l’habilité commerciale de la famille Picon. Dans un système marqué à Aubusson par une règle tacite de non concurrence, les Picon ont fait des tapisseries exotiques et des chinoiseries leur spécialité. A la recherche de nouveaux cartons, ils ont retissé la Tenture chinoise, d’abord exécutée à Beauvais, puis se sont orientés vers la garniture de meubles et les tapis avec l’achat de modèles au peintre des Gobelins. Cette diversification des cartons et des sujets répond à une demande spécifique d’une clientèle internationale. Elle constitue également la réponse des tapissiers d’Aubusson à un besoin conjoncturel face à l’incapacité de Jacques-Nicolas Julliard, le peintre du Roi, à honorer ses contrats et à fournir de nouveaux modèles.

Cette famille de tapissiers a fait preuve d'un remarquable esprit d'entreprise, qui lui a permis de participer aux décors de la reconstruction de Lisbonne après le tremblement de terre de 1755.