Les actus de la cité

10 projets sélectionnés pour l'appel à création 2019

25.06.2019
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Qui succèdera à Nicolas Buffe, Cécile Le Talec, Bina Baitel, Goliath Dyèvre & Quentin Vaulot, Pascal Haudressy, Christine Phung et Eva Nielsen ? Avec "L'œuvre ouverte : la tapisserie en extension", la thématique de l'appel à création de cette année 2019 invitait les artistes candidats à imaginer la tapisserie comme pièce centrale d’un dispositif artistique et décoratif contemporain. 10 propositions viennent d'être sélectionnées pour la deuxième phase de l'appel projets. 

Les projets attendus devaient prévoir une tapisserie et un certain nombre d’extensions sous la forme d’objets ou formes faisant appel à d’autres techniques (céramique, cuir, métal, émail, bois, panneau de papier peint ou imprimé, etc.), pour générer autour de la tapisserie un espace immersif, modulable, adaptable aux lieux de vie comme aux espaces d'exposition, et fonctionnant par le jeu de correspondances créé entre les différents éléments. Le jury de sélection s'est réuni lundi 24 juin 2019 et a retenu, parmi les 108 dossiers reçus, 10 projets autorisés à poursuivre leurs recherches et proposer des maquettes numériques abouties pour le 26 septembre prochain :

- Raphaël Barontini (Beaux-Arts de Paris), représenté en France par la galerie Alain Gutharc et à Istanbul par The Pill, a soumis un projet dans l'esthétique d'un collage qui combine la tapisserie à d'autres pratiques textiles (textiles numériques, éléments sérigraphiés) pour créer une pièce en volume, immersive et modulable.

- Julie Bena, représentée par la galerie Joseph Tang à Paris, pour "Dans l'espace 'exquisite' de la nuit, le printemps est roi", projet performance associant une tapisserie, 6 verres et une carafe, un costume et une chaise.

- Tommy Bougé et Romane Boussard, tous deux jeunes diplômés de l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs, pour leur série de modules, fenêtres mobiles et tapissées.

- Thomas Defour et Antoine Grulier, respectivement diplômés de l'École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre à Bruxelles et de l'École supérieure d'art & de design Marseille-Méditerranée puis de l'École Duperré à Paris pour leur projet "Les Chutes d'Aubusson" : une tapisserie en mouvement, qui par un jeu de découpes deviendra tour à tour tapis, abat-jour, dessus de table, toile de transat, etc.

- Hippolyte Hentgen : l'univers du duo constitué par Lina Hentgen et Gaëlle Hippolyte, représentées par la galerie Semiose à Paris, a retenu l'attention du jury, pour son projet "Quack Quack", associant à la tapisserie un ensemble de vases et différents éléments de mobiliers et accessoires.

- Jenna Kaës et Clément Vuillier (diplômés de l'ESAD de Strasbourg et de l'École cantonnale d'art de Lausanne), pour leur association d'une tapisserie avec cinq éléments mobiliers issus de la technique très particulière de la pétrification calcaire.

- Hugo L'ahelec, diplômé de l'École Boulle puis de l'ENSCI-Les Ateliers avec "Comedia", proposant une tapisserie asociée à des formes en inox poli-miroir et deux séries d'objets, l'une en cuir et l'autre en porcelaine.

- Anne-Laure Sacriste, formée aux Beaux-Arts de Paris et à l'École Duperré et représentée par la Galerie Vera Munro à Hambourg, a proposé "Paradis", un espace contemplatif et modulable associant la tapisserie avec des plaques de cuivre.

- Elsa Sahal, diplômée des Beaux-Arts de Paris et de l'ENSCI et représentée par la galerie Claudine Papillon à Paris et par The Pill à Istanbul, propose dans la lignée de son travail de la terre, de confronter l'échelle monumentale de la tapisserie à celle, plus humble, de la céramique.

- Mathieu Schmitt, diplômé des Beaux-Arts de Paris, et Belem Julien, issue du monde de l'édition et de la traduction : le duo qui travaille ensemble depuis de nombreuses années a été sélectionné pour son jeu de correspondances entre la tapisserie, une frise murale en papier imprimé et un paravent en tissu imprimé, déclinés en deux versions jour/nuit et dont les éléments peuvent être combiné à loisir dans un même lieu de vie.

Les candidats sélectionnés ont jusqu'au 15 octobre à 17h pour proposer les maquettes finales de leurs dispositifs.

Le premier prix, doté de 15 000 €, et le deuxième prix (10 000 €) seront réalisés, en comprenant les "extensions", ainsi que les tapisseries qui devront être tissées selon les techniques de la tapisserie d’Aubusson telles que les a reconnues l’Unesco en les inscrivant au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Un appel d’offres sera lancé auprès des ateliers de lissiers de la région d’Aubusson-Felletin qui soumettront des échantillons de tissage. Les maquettes des troisième à cinquième prix (5 000 €) seront conservées par la Cité en vue de la promotion de ce type de dispositif auprès des professionnels, voire d’une réalisation ultérieure. Les cinq projets non retenus seront indemnisés (1000 €).

Expo en cours

La première tapisserie de Clément Cogitore à découvrir à Aubusson

Du 30 Juin 2019 au 24 Août 2019
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Clément Cogitore, lauréat du Prix Marcel-Duchamp en 2018, signe une tapisserie pour les collections de la Cité internationale de la tapisserie. L'œuvre, tissée selon les savoir-faire de la tapisserie d'Aubusson, reconnue par l'UNESCO au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité, constitue un premier contact de l'artiste vidéaste avec le médium textile. Elle est présentée pour la première fois du 30 juin au 24 août 2019, en partenariat avec la Scène nationale d'Aubusson.

 

La Cité internationale de la tapisserie travaille activement pour la création contemporaine en tapisserie d'Aubusson, à travers des projets de créateurs iportants sur la scène française et internationale. Arès plusieurs années de préparation, la première œuvre tissée du lauréat du Prix Marcel Duchamp 2018, Clément Cogitore.

Son regard novateur de cinéaste, son questionnement sur l'image, font sens dans le cadre de la création destinée à intégrer les collections de la Cité de la tapisserie. Cette collaboration est le fruit de la volonté du directeur de la Cité internationale de la tapisserie Emmanuel Gérard et de sa rencontre avec l'artiste dès 2013 (par l'intermédiaire de ses galeristes de l'époque Jérémy Planchon et Camille de Bayser), qui était pris à ce moment par la sortie de son film Ni le Ciel ni la Terre, mais qui avait toujours gardé en tête ce projet de tapisserie, jusqu'au démarrage des travaux préparatoires en 2017. Après Mathieu Mercier, Prix Marcel-Duchamp en 2003, Eva Nielsen, ou encore Jean-Baptiste Bernadet pour la nouvelle collection lancée par la Cité de la tapisserie "Carré d'Aubusson", ce projet est révélateur de l'intérêt grandissant du monde de l'art contemporain pour la tapisserie, considérée comme un medium à part entière dans le travail pluri-media des artistes de la jeune scène contemporaine, dans un contexte où la distinction traditionnelle entre arts décoratifs et arts plastiques tend à s'effacer.

Des captures d'écran à la matérialité du tissage

La question de l'immersion, possibilité offerte par la tapisserie dans ses proportions monumentales, et celle de la correspondance du pixel avec le point de tapisserie, ont su convaincre l'artiste de s'essayer au médium textile.

Pour créer sa maquette de tapisserie, Clément Cogitore puise son inspiration dans les images d’actualités des émeutes de 2011 sur la place Tahrir au Caire, en Égypte.

« Ce projet s’inscrit dans la lignée de mon travail autour d’images très peu définies, circulant en réseau suscitant récits, croyances ou superstition chez le regardeur par son absence de détails. Par le manque d’information qu’elle communique, l’image devient alors un support de projection de l’imaginaire du spectateur, ouverte à tous les possibles. »

 

Travaillant à partir de captures d’écran très agrandies, Clément Cogitore s’intéresse aux relations entre l’image numérique et la tapisserie dans le rapport pixel et point de tapisserie. La découverte des savoir-faire, des techniques propres à la tapisserie, a été envisagée comme un temps préparatoire essentiel à la création de la maquette.

La création de cette maquette et la mise au point du carton a ainsi représenté l'aboutissement d'un processus de maturation du projet de tissage, mis en place par la Cité de la tapisserie dans le cadre des créations contemporaines : un long travail d'itération, d'échanges entre Clément Cogitore et le comité de tissage constitué par Bruno Ythier, conservateur de la Cité de la tapisserie et Delphine Mangeret, cartonnière, avec le concours des lissiers retraités Alain Chanard et René Duché, afin de déterminer les choix de couleurs et de matières, de définir le "grain" de la future tapisserie (le calibre du tissage). L'enjeu technique consiste à interpréter une image numérique très peu définie, si compressée que les détails en sont absents, et de la traduire en un tissage assez large, donnant une présence forte au textile, dans des dimensions importantes : 5 x 2,40 m.

La Cité de la tapisserie a lancé un appel d'offres auprès des ateliers de la région d'Aubusson-Felletin en s'appuyant sur un cahier des charges précis. C'est l'échantillon tissé par l'Atelier A2, dirigé par France-Odile Perrin-Crinière à Aubusson, qui a su convaincre l'artiste et le jury de la Cité de la tapisserie.

Artiste et lissières ont travaillé ensemble au calage du tissage, déterminé la grosseur de la chaîne et les couleurs des laines utilisées pour la trame. L'atelier a ensuite fait appel au teinturier Thierry Roger, établi à Aubusson, qui a réalisé les couleurs sur mesure, pour un démarrage du tissage sur le métier en février 2019.

Cette première tapisserie de Clément Cogitore est présentée du 30 juin au 24 août 2019 sur les planches de la Scène nationale d'Aubusson, au Centre culturel et artistique Jean-Lurcat (Avenue des Lissiers, 23200 Aubusson) où se tient également l'exposition temporaire de la Cité de la tapisserie, "Le Mur et l'Espace".

L'acquisition de la maquette de Clément Cogitore, qui intègre ainsi les collections "Musée de France" de la Cité de la tapisserie, a été effectuée par la Cité de la tapisserie grâce au financement de la Fondation d'entreprise AG2R La Mondiale pour la vitalité artistique. Cette fondation d'entreprise dédiée au mécénat culturel s'engage en faveur des territoires, pour la préservation du patrimoine culturel régional, matériel et immatériel, la valorisation de la création contemporaine, ainsi que la promotion des métiers d’art.

 

Né en 1983 à Colmar, Clément Cogitore vit et travaille à Paris. Il est représenté par la Galerie Eva Hober (Paris) et la Galerie Reinhard Hauff (Stuttgart).

Après des études à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg et au Fresnoy-Studio national des arts contemporains, Clément Cogitore développe une pratique à mi-chemin entre cinéma et art contemporain. Mêlant films, vidéos, installations et photographies, son travail questionne les modalités de cohabitation des hommes avec leurs images, il y est question de rituels, de mémoire collective, de figuration du sacré...

Clément Cogitore a été récompensé en 2011 par le Grand prix du Salon de Montrouge, puis nommé pour l’année 2012 pensionnaire de l’Académie de France à Rome-Villa Médicis. En 2015 son premier long-métrage Ni le ciel, Ni la terre a été récompensé par le Prix de la Fondation Gan au Festival de Cannes – Semaine de la critique. Il a été nommé aux Césars 2016 dans la catégorie Premier film. Il a obtenu en 2016 le Prix Sciences Po pour l’art contemporain, ainsi que le Prix de la Fondation Ricard : deux de ses œuvres ont ainsi été sélectionnées pour intégrer la collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne. Son travail a été exposé à l’été 2016 au Palais de Tokyo. Premier lauréat du Prix le BAL de la Jeune Création avec l’ADAGP pour Braguino ou La communauté impossible, ce projet lui a également valu la mention spéciale du Grand Prix de la compétition internationale du FIDMarseille en juillet 2017. Nommé aux côtés des artistes Mohammed Bourouissa, Thu Van Tran et Marie Voignier, Clément Cogitore a remporté le Prix Marcel-Duchamp 2018, le 15 octobre 2018. Il met en scène l'opéra-ballet Les Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau, à l'Opéra Bastille du 27 septembre au 15 octobre 2019. Clément Cogitore avait signé un film explosif en 2017, adaptation extraite des Indes Galantes avec des danseurs de krump.

"Mural and Spatial" - Summer exhibition - press kit

17.06.2019
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Exposition "Le Mur et l'Espace" - dossier de presse

17.06.2019
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Les actus de la cité

"Rivendell" dévoilée à Aubusson

17.05.2019
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La Cité internationale de la tapisserie a dévoilé ce vendredi la cinquième tapisserie de la Tenture Tolkien,  en présence de Lord Llewellyn, Ambassadeur du Royaume-Uni en France, de Baillie Tolkien, belle-fille du célèbre auteur, épouse de Christopher Tolkien, du Sénateur de la Creuse Jean-Jacques Lozach et de Valérie Simonet, Présidente du département de la Creuse et d ela Cité de la tapisserie, et de nombreux élus de la Région Nouvelle-Aquitaine et de la Communauté de Communes Creuse Grand Sud.

Cinquième pièce de la Tenture "Aubusson tisse Tolkien" débuté en 2018, qui prévoit en 4 ans le tissage de 13 tapisseries murales et un tapis d'après des illustrations originales de l'auteur du Seigneur des Anneaux et de Bilbo Le Hobbit JRR Tolkien, Rivendell est "tombée" du métier à tisser de l'Atelier Françoise Vernaudon accueilli à l'occasion de ce tissage monumental dans l'atelier mis à sa disposition à la Cité internationale de la tapisserie.

La lissière Françoise Vernaudon s'est vue chargée du tissage à la suite d'un appel d'offres lancé par la Cité de la tapisserie. Elle s'est associée avec deux jeunes lissières issues de la formation du Brevet des Métiers d'Art "Art de la lisse" – dispensé à la Cité de la tapisserie, coordonné par le GRETA du Limousin et financé par le Conseil régional Nouvelle-Aquitaine –, Anne Boissau et Nathalie Mouveroux, pour 2000 heures de travail.

Les trois lissières ont travaillé en étroite collaboration avec la cartonnière Delphine Mangeret pour l'interprétation de cette aquarelle, mesurant à l'origne une vingtaine de centimètres de côté, en vue de la réalisation de la tapisserie de 10 m2.

L'Ambassadeur du Royaume-Uni en France, Lord Llewellyn, avait fait le déplacement depuis Paris. Il a donné les premiers coups de ciseaux pour libérer la tapisserie et a confié son "immense plaisir de participer à cette célébration de l'amitié franco-britannique".

Habituée des événements aubussonnais, Baillie Tolkien a une nouvelle fois rappelé à quel point elle était persuadée que son beau-père, JRR Tolkien, aurait été ravi du travail des lissières. Un ravissement vraisemblablement partagé par un amphithéâtre comble au moment du dévoilement de la tapisserie, alors découverte par tous pour la première fois sur en entier, le tissage étant effectué sur l'envers et enroulé au fur et à mesure de la progression. L'assistance a alors pu se rapprocher pour saisir la qualité du tissage et explorer la tapisserie, à la recherche d'un clin d'œil à la famille Tolkien, glissé dans le tissage par les lissières. L'œuvre revet une importance toute particulière pour le fils de l'auteur Christopher Tolkien, qui confiait, à l'occasion de sa découverte des premières tapisseries Tolkien à l'Abbaye du Thoronet en janvier dernier, son souvenir d'enfance, se revoyant âgé de 4 ou 5 ans faisant tomber une larme au beau milieu de l'aquarelle sur laquelle travaillait son père en pleine nuit, une larme de joie de retrouver son père dans une maison silencieuse.

Retrouvez le récit inédit de Christopher Tolkien :

 

Les plus attentifs pourront repérer une larme tissée parmi les feuillages...

L'œuvre sera exposée dans l'amphithéâtre de la Cité de la tapisserie tout le week-end et en nocturne samedi 17 mai 2019 pour la Nuit européenne des musées. Elle partira ensuite en couture de finitions avant de rejoindre les espaces d'exposition de la Cité dès le 22 mai.

La Maison Pinton, exposition 2019 - communiqué

09.05.2019
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Les actus de la cité

Nouvelle acquisition pour le Centre de documentation

30.04.2019
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D'après les textes de Catherine Giraud et Laurène Pradeau

En mars dernier, la Cité de la Tapisserie a pu acquérir un ensemble complet de la revue littéraire et artistique La Gerbe auprès d’un libraire, plus de 100 ans après la parution du premier numéro. On y découvre au fil des publications de nombreuses gravures signées de grands artistes dont quelques noms importants de la tapisserie.

Publiée à Nantes de 1918 à 1921, l'ancienne revue La Gerbe fut fondée par Albert Gavy-Bélédin (musicien, journaliste et critique d’art). Elle est constituée de trente-deux numéros parus chaque mois de cette période.

Marcel Gromaire adressait ainsi ses félicitations dans une lettre à Albert Gavy-Bélédin, en mars 1920 : « Toutes mes félicitations pour la façon alerte dont vous dirigez votre revue. Faire cela à Nantes, c’est un bel effort auquel je suis heureux de collaborer. Il serait souhaitable que la province se réveillât ainsi un peu partout. »

Un groupe de Nantais

Un petit tour dans les archives et dans les biographies des participants (graveurs ou critiques d’art) à la revue amène à cette conclusion : ils sont tous Nantais (normal pour une revue nantaise mais tout de même remarquable dans cette proportion !).

Albert Gavy-Bélédin, le fondateur : descendant d’une ancienne famille d’organistes nantais depuis le XVIIIe siècle

Maurice Schwob, soutien de la revue : directeur du principal quotidien de Nantes « Le Phare de la Loire »

Claude Cahun : nom d’artiste de  Lucy Schwob, fille de Maurice Schwob

Paul Deltombe, Robert Villars, Jeanne Bélédin-Destranges :  mariés à des Nantais

Odette Chauvet, Marcel Moore, Marc Elder, Jean-Emile Laboureur, Emile Dezaunay, Jehan Humber : nés à Nantes.

Un groupe d’amis, de parents et de collègues

Ce vivier d’artistes et d’intellectuels nantais se révèle être un véritable réseau ! Jeanne Bélédin-Destranges est l’épouse d’Albert Gavy-Bélédin le fondateur, tandis que sa sœur Suzanne Salières est l’épouse du peintre et graveur Jean-Emile Laboureur. Robert Villard est l’époux d’Odette Chauvet. Le mystérieux Marcel Moore n’est autre que Suzanne Malherbe, compagne de Lucy Schwob, dont c’est le nom d’artiste.

Paul Deltombe est ami d’Antoine-Marius Martin, et de Paul Signac, fondateur du Salon des Indépendants, dont Deltombe s’occupe activement et fidèlement. Plusieurs collaborateurs de la revue sont directeurs ou professeurs dans des écoles d’art de Nantes et de Bretagne, ou membres de la « Société de la gravure sur bois originale » fondée en 1911, comme Frans Mazereel, Paul-Emile Colin, Morin-Jean. Gromaire et Laboureur s’apprécient et échangent sur leur travail. La Gerbe semble réunir en un même lieu tous ces proches talents comme dans une riche moisson d’idées et d’œuvres d’art.

La revue

Un sommaire (présentant divers articles mais surtout des poèmes inédits) et une chronique d’art ou revue du mois forment les deux parties principales de La Gerbe. Cependant, au fil des numéros, une troisième partie apparaît, annoncée « Dessins et Bois signés » en couverture. Il s’agit en fait d’illustrations, mais uniquement d’illustrations gravées par leurs inventeurs (dessins, culs de lampe), placées au début ou à la fin des textes, et signées de graveurs amis de la revue. Le numéro 2 s’ouvre d’ailleurs avec un long article du graveur Morin-Jean, « La Gravure Originale sur Bois », confirmant l’importance de ce domaine de l’art dans l’esprit des rédacteurs de La Gerbe.

Les « grands »

Marcel Gromaire (pas encore devenu créateur de tapisseries d’Aubusson), Jean-Emile Laboureur, Paul-Emile Colin, Frans Masereel (1889-1972), Paul Signac…

Les « oubliés »

Odette Chauvet, Jean Deville, Guy Dezaunay, Pierre Gatier, Louise Hervieu, Jehan Humbert, Marcel Moore,  Morin-Jean, Henry Ottman,  Henriette Tirman et Robert Villard.

Les « créateurs en tapisserie »

Paul Deltombe, Antoine-Marius Martin, Gromaire (et même Jean-Émile Laboureur, avec une tapisserie tissée à Aubusson en 1939).

Si les numéros de La Gerbe sont si intéressants pour la bibliothèque de la Cité de la Tapisserie, c’est principalement à cause de ces derniers artistes, et de leur action menée en faveur de la renaissance de la tapisserie au début du XXe siècle (un peu plus tard pour Gromaire). La contribution d’Antoine-Marius Martin à la revue est une source particulièrement riche, pour qui souhaite mieux connaître la situation de la tapisserie à cette époque. En effet, presque en même temps que la première parution de La Gerbe, Antoine-Marius Martin devient directeur de l’Ecole Nationale d’Art Décoratif d’Aubusson. Il découvre alors la longue histoire et le travail des tapissiers, tout en réfléchissant sur la valeur des enseignements et de la formation proposés. Et c’est dans La Gerbe qu’il publie pour la première fois les résultats de ses réflexions et de ses expériences sur l’art de la tapisserie. Paul Deltombe, très actif collaborateur de la revue, est en quelque sorte à l’initiative de cette publication, puisqu’il a suggéré à son ami Martin  « d’y publier quelques notes ». Le premier article de Martin, La Tapisserie, paraît en novembre 1919 (n°14 de la revue). Puis Deltombe lui demande de  rédiger un deuxième manuscrit sur l’enseignement professionnel, paru en avril 1920 sous le titre La Rénovation de la Tapisserie (n° 19 de la revue). Aussitôt, Emmanuel de Thubert, le directeur d’une autre revue très portée sur les arts appliqués, La Douce France, demande l’autorisation de  reproduire l’article de Martin dans sa propre revue.

En plus de ces textes, suite aux nombreuses réclamations de Deltombe, Antoine-Marius Martin propose quelques gravures à paraître dans La Gerbe. Dans le numéro de janvier 1920, on trouve le fameux « petit bois de Tintin » dont les deux amis parlent dans leur correspondance : cet âne broutant paisiblement, avec la signature de Martin en caractères gras  « A.M.M. » entre ses pattes antérieures, a bien existé : c’était celui de la famille Deltombe.

Deltombe, Laboureur et Morin-Jean sont sans conteste ceux qui fournissent le plus d’illustrations ; certains, comme Marcel Moore, n’interviennent qu’une seule fois (en tête d’un article de Claude Cahun). La plupart des gravures, qui parfois se répètent d’un numéro à l’autre, sont de sujets classiques : paysages, animaux, travaux des champs, natures mortes, bouquets, portraits, et scènes croquées sur les côtes bretonnes.

Quelques-unes sont cependant d’une veine différente, beaucoup moins idyllique et ne s’inspirant plus de la nature : ainsi celles de Mazereel, montrant la réalité des villes modernes dans ses bousculades de foules pressées, ses bagarres d’ivrognes au café, ses voleurs nocturnes enjambant les clôtures…

  

Il est intéressant de comparer parfois chez un artiste, à partir d’une même composition, le bois gravé et la peinture. Paul Signac a gravé pour La Gerbe un bois qui est l’adaptation en gravure de l’une de ses toiles, dénommée Le port de la Rochelle. Les mouvements de l’eau rendus par la couleur sur le tableau, sont ici évoqués par des entailles horizontales. L’huile sur toile, qui était antérieure (1915), dérobée au musée des Beaux-Arts de Nancy en 2018 (estimée à 1,5 million d’euros) vient tout juste d'être retrouvée en Ukraine. Une autre œuvre de Paul Signac, une aquarelle de la fin des années 1920, représentant encore une fois les deux tours de la Rochelle, est visible au musée des Beaux-Arts de la Rochelle.

  

En lien direct avec les collections de la Cité de la tapisserie, une petite illustration de Paul Deltombe, Corbeille de fruits, paraît une première fois à la page 101 – la pagination de la revue est continue sur une année, à partir du mois d’octobre de chaque année – du numéro de janvier 1919 : dans une corbeille tressée, des poires, des pommes et une grappe de raisins sont posés, entourés de feuilles. La même année, un tissage de Deltombe est exécuté à l’École nationale d'Art décoratif d’Aubusson (dont son ami Marius Martin est directeur). Il reprend très visiblement la même composition, enrichie. Il s'agit d'une petite tapisserie garniture pour un écran de cheminée, Melons et raisins, exposé dans la Nef des tentures de la Cité de la tapisserie.

  

Le travail sur le rendu des volumes, déjà présent dans la gravure (voir le détail de la poire), est très abouti dans la tapisserie, grâce à une technique étudiée de hachures et de fils plus clairs.

[Voir l'article de Bruno Ythier, conservateur de la Cité de la tapisserie, dans le catalogue Tapisseries 1925]

 

 

Pour aller plus loin

Focus sur…

Antoine-Marius Martin est né à Arles, le 28 août 1869. En 1903, il est nommé directeur de l’Ecole des Beaux-Arts d’Abbeville. De 1907 à 1911, il séjourne plusieurs fois en Basse-Bretagne. De 1917 à 1930, il assure la direction de l’Ecole Nationale d’Art Décoratif d’Aubusson. Dès 1917, en tant que directeur de l’École d’Aubusson, Antoine-Marius Martin souhaite faire évoluer l’art de la tapisserie  : 

- Renouveler les modèles en allant chercher différents peintres de son époque notamment des postimpressionnistes ;

- Retenir dans les tapisseries médiévales des caractéristiques transposables à la modernité : réduire le nombre de couleurs, tisser avec des fils beaucoup plus gros, utiliser une écriture technique affirmée (battages, rayures, liserés, etc.). 

Il remplace les cartons peints (modèles pour les lissiers), par des cartons à l’encre dits "à tons comptés ", qui sont désormais des dessins au trait délimitant les différentes surfaces de couleurs. 
Ainsi, très tôt, il va théoriser et publier les principes de ce qu’il appelle la Rénovation de la tapisserie, 20 ans avant l’artiste Jean Lurçat, considéré depuis les années 1940 comme l’inventeur de cette Rénovation.
À partir de 1919, ses œuvres figurent aux Salons des Indépendants et aux Salons d’Automne. Ses propres activités de peintre  et de graveur font qu’il s’intéresse beaucoup aux questions techniques et à la formation, qu’il cherche à améliorer particulièrement dans le domaine de la tapisserie. L’Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925 à Paris, où l’E.N.A.D. d’ Aubusson expose plusieurs de ses derniers tissages, montre un renouveau à la fois par le choix des artistes et par les nouvelles méthodes appliquées.
Antoine-Marius Martin décède le 23 janvier 1955 à Saint-Rémy-de-Provence. Quatre-vingt- trois de ses dessins, peintures à l’huile, gravures entrent alors dans les collections municipales de Nantes (1962).

Emmanuel de Thubert (1878-1947), directeur de La Douce France (1919-1923), reproduit dans sa propre revue l’article de Marius Martin sur la tapisserie, publié un peu avant dans La Gerbe.  Emmanuel de Thubert s’intéresse beaucoup aux arts appliqués, et défend activement le mouvement du renouveau de la taille directe (en sculpture), et l’idée de revalorisation du travail manuel et des arts propres à une technique ; il est en cela proche des graveurs de La Gerbe, et proche des expériences faites à l’époque dans le domaine de la tapisserie. En 1922, La Douce France présente d’ailleurs à nouveau un article important de Martin « De la tapisserie de haute et basse-lisse ».

Paul Deltombe est né le 6 avril 1878 à Catillon-sur-Sambre (à moins de 20 km de Noyelles-sur-Sambre, lieu de naissance de Gromaire !) et mort le 8 août 1971 à Nantes. Il entre en 1896 à l’académie des Beaux-Arts à Lille. Puis il se rend à Paris en 1900, pour continuer ses études aux Beaux-Arts de Paris. Il fréquente également l’académie de la Grande Chaumière, où il rencontre Signac et Matisse. En 1902, il expose au Salon des Indépendants, qu’il contribue à organiser avec Signac. Il participe également dès 1903 au Salon d’Automne, dont il est sociétaire. Pendant la Grande Guerre, il exécute beaucoup de cartons de tapisserie que sa femme, d’origine nantaise, brode ;  il fait ensuite breveter ce « point de Nantes ». En 1931, il est élu vice-président d’honneur de la Société des Indépendants et il devient directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Nantes, il le restera jusqu’en 1943. En 1970, peu avant sa mort, une vaste rétrospective de ses œuvres est organisée au musée de Nantes.
En avril 1920, Deltombe rompt son attachement à La Gerbe. D’après la correspondance de Deltombe avec Bélédin, Deltombe affirme être le seul à avoir fondé cette revue et à avoir recruté des collaborateurs dans les milieux artistiques parisiens et nantais. Dans le numéro de juin, Bélédin réfute cette rumeur qui circule et s’exprime comme étant le seul directeur-fondateur. La réconciliation viendra d’un élogieux article de Bélédin sur Deltombe, paru dans Le Phare, en 1933.

Marcel Gromaire est né à Noyelles-sur-Sambre dans le Nord en 1892 et mort en 1971. Il est arrivé très jeune à Paris. Il se lie au groupe des élèves de Matisse sans subir son influence. Gromaire voyage beaucoup. L’une de ses œuvres les plus significatives est son tableau de La Guerre, exposé au Salon des Indépendants de 1925. Il poursuit des recherches constructives avec ses toiles de petit format. Professeur à l’Ecole des Arts décoratifs de Paris, son influence est considérable sur les jeunes générations. Ses principales expositions personnelles ont eu lieu à Paris. En 1952, il se voit décerner le prix Carnegie. En 1956, c’est le prix Guggenheim. Si la peinture, le dessin et la gravure sont restés  les principales activités de Gromaire, il ne faut pas oublier les grands modèles peints entre 1940 et 1942 à Aubusson, modèles destinés à la tapisserie et conçus au format du carton. Tous les tissages issus de ces modèles créés par Gromaire dans les ateliers d’Aubusson sont remarquables par la puissance de leur composition et par la gamme sobre mais intense de leurs couleurs.

Paul Signac est né à Paris, le 11 novembre 1863 et mort dans la même ville le 15 août 1935. Guillaumin est le premier à repérer les travaux qu’il peignait dans la capitale. Signac expose ses premières œuvres réalisées sur les quais, en 1884. Il participe à la fondation du groupe des Indépendants, qu’il préside à partir de 1908. Il a consacré beaucoup de séries d’aquarelles aux quais de Paris, au port de la Rochelle et aux vues de Saint Raphaël et d’Antibes. Il a toujours été en quête de refléter au mieux dans ces toiles, les effets de la lumière. En plus de sa participation au Salon des Indépendants, il expose aussi au Salon des Vingt à Bruxelles. Il est un fervent admirateur des principes du néo-impressionnisme. Toutefois, il pratique également le divisionnisme. Sa dernière grande exposition a eu lieu au musée des impressionnismes à Giverny et au musée Fabre à Montpellier : Signac, les couleurs de l’eau (13 juillet – 27 octobre 2013).

Jean Alexis Joseph Morin, dit Morin-Jean, est né à Paris le 9 mai 1877 et mort à Nantes en 1940. D’abord archéologue, il se consacre à la peinture et à la gravure à partir de 1911. Ses œuvres sont exposées au Salon d’Automne, des Indépendants et des Tuileries et au musée d’Art moderne. En 1920, il devient membre de la Société de la gravure sur bois originale. En 1926, il rédige le Manuel pratique du graveur sur bois. Il publie aussi  Le dessin des animaux en Grèce d’après les vases peints, livre dont il est également le dessinateur. De plus, il illustre de nombreux ouvrages. On peut notamment citer Salambô de Gustave Flaubert. Cet excellent graveur et critique d’art est dans La Gerbe le principal rédacteur de la chronique des arts, sans compter son rôle d’illustrateur avec les nombreux bois gravés fournis pendant toute la durée de la revue.

Paul-Emile Colin est né à Lunéville le 10 janvier 1882 et mort en 1949, à Bourg-la-Reine. Il est sociétaire de la Société Nationale des Beaux-Arts et du Salon d’Automne. Il est  aussi vice-président de la Société de la gravure sur bois originale. Il a illustré de nombreux ouvrages comme Germinal d’Emile Zola ou encore Les travaux et les jours d’Hésiode. Ensuite, il a publié quelques livres : Dix aspects de la LorraineLes routes de la Grande Guerre, etc.

Jean-Emile Laboureur est né à Nantes le 16 août 1877 et mort à Penestin (Morbihan) le 16 juin 1943. Il arrive à Paris en 1896. Elève de Lepère, il débute avec des bois gravés.  Il entreprend ensuite plusieurs grands voyages (séjours aux Etats-Unis, à Londres, en Allemagne, en Grèce…) Revenu à Paris, il commence à exposer, à partir de 1911. Dans le courant artistique du mouvement de l’art moderne, il  réussit à se créer un style propre à lui-même, une part de frivolité et un souci d’élégance très particulier. Laboureur fut très plébiscité par les écrivains et les maisons d’éditions. Il a notamment illustré Promenade avec Gabrielle de Jean Giraudoux, Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, L’envers du music-hall de Colette ; ainsi que des gravures pour les rééditions de luxe du Diable amoureux de Cazotte. Laboureur a fondé le groupe des Peintres-graveurs indépendants. Une de ses dernières expositions, « Jean Emile Laboureur : images de la grande guerre », a eu lieu au château des ducs de Bretagne à Nantes, sa ville natale, de janvier à avril 2015.

Frans Mazereel est né en 1889 en Belgique et mort le 3 janvier 1972 à Avignon. Il a dans sa longue carrière été peintre, affichiste, mais c’est comme graveur et comme illustrateur qu’il est le plus connu. Pacifiste pendant la Première Guerre mondiale, ses œuvres dénoncent les horreurs de la guerre. Plus tard, il fera passer dans ses gravures ses idées sur les conséquences du monde moderne et de l’urbanisation, quand elles sont néfastes pour l’individu. Frans Mazereel est considéré comme le précurseur du roman graphique avec son travail le plus connu, Mon livre d’heures. Mazereel a également publié une longue série de dessins et de bois gravés dans de nombreux ouvrages.

 

Partenaires

L'Officiel Art

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L'Officiel Art est partenaire de la saison 2019 de la Cité de la tapisserie.

Les artistes de la tapisserie

Jacques Lagrange (1917-1995)

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Personnage haut en couleurs, Jacques Lagrange occupe une place particulière dans l’histoire de la tapisserie du XXe siècle à Aubusson. Parmi les peintres de cette époque, c’est sans doute celui qui a noué le plus de liens durables avec la Creuse, où le souvenir de son abord chaleureux et enthousiaste reste.

Né à Paris en 1917, dans une famille d’architectes et d’artistes, Jacques Lagrange entre en 1933 à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, puis à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts.

En 1937 il collabore avec Dufy à la décoration du Pavillon de l’Électricité de l’Exposition Internationale. En 1938 il intègre le groupe de la Nouvelle École de Paris.

L’intérêt qu’il porte à la tapisserie alors en pleine renaissance conduit Lagrange en 1945 à Aubusson, où il est accueilli par Élie Maingonnat, directeur de l’École Nationale des Arts Décoratifs : « Voilà des couleurs, voilà du papier, vous êtes ici chez vous » lui dit-il. Il peint le carton de Banlieue, sa première tapisserie, tissée par l’atelier Goubely. À sa tombée de métier, la tapisserie est découverte par Jean Lurçat, qui l’encourage dans cette voie. 

Il participe à la fondation de l’Association des Peintres-Cartonniers de Tapisserie aux côtés de Jean Lurçat et de la galerie La Demeure, partageant leurs projets et leurs expositions.

En 1961 il fonde avec Pierre Baudouin « l’Atelier de Bercy », qui édite des petits formats dits « tapisseries précieuses », à partir de cartons de Picasso, Braque, Arp, Max Ernst, Calder et Lagrange.

Il collabore étroitement avec les lissiers, il aime l’atmosphère de travail et de création d’Aubusson. Il découvre la campagne creusoise où il aime de plus en plus séjourner.

Petit à petit, des nombreuses tapisseries que Lagrange réalise à Aubusson, dont la série des Tournois et celle des Acrobates, se dégage un univers coloré, animé de tons francs et de formes pures, où l’humour et le goût de la fantaisie de leur auteur transparaissent. Lagrange dira qu’elles « sont des spectacles dont il assure la mise en scène et la mise en laine ».

En 2019, la Cité de la tapisserie présente dans la Nef des Tentures une œuvre flamboyante de Jacques Lagrange, Combat anachronique (1980, tissage manufacture Braquenié, dépôt du Mobilier national à la Cité de la tapisserie).

D'après Catherine Giraud, Centre de documentation de la Cité de la tapisserie.

Expo en cours

Le Mur et l'Espace

Du 28 Juin 2019 au 06 Octobre 2019
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Magdalena Abakanowicz, Abakan rouge, 1969, 4 x 4 x 4 m. Collection Tate, Londres. © Foundation Magdalena Marta Abakanowicz Kosmowska and Jan Kosmowski. Photo : Stamm & Saxod, Lausanne.

Séismes dans la tapisserie aux Biennales internationales de Lausanne 1962-1969, du 28 juin au 6 octobre 2019.

La Cité internationale de la tapisserie à Aubusson s'associe avec la Fondation Toms Pauli de Lausanne pour proposer une exposition internationale consacrée aux débuts des Biennales de Lausanne dans les années 1960, et le "séisme" qu'elles provoquent dans l'art de la tapisserie et son histoire mondiale. L'exposition se tiendra dans les salles du centre Jean-Lurçat à Aubusson, un espace conçu pour la tapisserie monumentale.

Un sismographe devenu séisme

L’exposition rend compte des métamorphoses rapides qui eurent lieu en l’espace de sept ans, de 1962 à 1969, dans le paysage de la tapisserie au niveau mondial.  Les concepts, règles, usages et techniques en vigueur depuis la deuxième Guerre mondiale furent radicalement remis en cause par les premières Biennales de la tapisserie de Lausanne. Conçues par Pierre Pauli, son épouse Alice et Jean Lurçat, alors à l’apogée de sa renommée, ces manifestations internationales avaient pour but de présenter l’actualité de la tapisserie murale. Très rapidement, cependant, ces biennales devinrent l’épicentre d’un séisme apparemment destructeur de la tapisserie dite "traditionnelle" et le creuset d’une nouvelle approche plus libre et s’ouvrant vers le tridimensionnel.

Les créatrices changent la donne

La remise en cause arriva par de jeunes créateurs et créatrices, notamment de Suisse et d’Europe centrale et de l’est, qui dès la première édition en 1962 allaient apporter un changement fondamental en questionnant le principe du duo artiste/artisan (le créateur du projet face au détenteur du savoir-faire). Alors que la tapisserie de lisse était jusque-là principalement portée par des artistes masculins, ce changement de paradigme ouvrit la porte à de jeunes plasticiennes cumulant les deux rôles. Les artistes femmes devinrent majoritaires dès 1967 aux Biennales de Lausanne et le restèrent, jusqu’à aujourd’hui encore, dans le mouvement du Fiber Art.

La libération du mur

En ouvrant la porte aux tissages et aux broderies, la deuxième Biennale de 1965 fit voler en éclats le monopole technique traditionnel et entraîna la "querelle de Lausanne" entre les français et l’organisation suisse. Alors que la tapisserie murale se tournait vers la recherche de textures, des artistes de plus en plus nombreux explorèrent les possibilités tridimensionnelles qu’offrait le medium. La Biennale de 1967 apporta les prémices de l’émancipation du support mural, notamment par la colonne de la Suisse Elsi Giauque, première œuvre textile suspendue dans le vide. L’édition de 1969 entérina ces bouleversements avec de nombreuses pièces qui s’affranchissaient du mur pour devenir sculptures textiles. Montrée la même année à Paris dans les locaux de la manufacture des Gobelins, cette exposition familiarisait ainsi le public français à ces nouvelles expressions textiles. À partir de 1970, les différents courants purent cohabiter et explorer leurs voies propres à leur façon, se croiser, mais rarement s’hybrider.

Les œuvres réunies pour l'exposition

Fruit d'un travail de recherche à l’international, environ 35 tapisseries seront réunies, les exemplaires mêmes qui avaient été accrochés aux cimaises lausannoises à l’époque.

Le choix des œuvres illustre la production murale française classique à travers Lurçat et ses amis peintres-cartonniers (Prassinos, Tourlière), ainsi que certains grands peintres tissés par les manufactures nationales ou les ateliers d’Aubusson (Picasso, Delaunay, Estève). D’autres tapisseries de lisse montrent la diversité de la production européenne et américaine (Somville, Rousseau-Vermette, Yoors, Adams, Scholten).

En regard, figurent les artistes polonais qui ont marqué les esprits (Abakanowicz, Owidzka, Sadley) ainsi que les premières créations tridimensionnelles (Giauque, Jobin, Abakanowicz, Daquin, Lindgren).

Elsie Giauque, Élément virtuel spatial, 1969. Collection MUDAC Lausanne.

De la tapisserie au Fiber Art

Publié fin 2017 et rédigé par Giselle Eberhard Cotton et Magali Junet par la Fondation Toms Pauli, l'ouvrage couvrant l'ensemble des Biennales de Lausanne, De la tapisserie au Fiber Art. Les Biennales de Lausanne 1962-1995,  sera mis à disposition.

Commissariat de l'exposition

Bruno Ythier, conservateur, Cité de la tapisserie, Aubusson, et Giselle Eberhard Cotton, directrice, Fondation Toms Pauli, Lausanne.