La Verdure fine aux armes du comte de Brühl

Un chef d'œuvre du XVIIIe siècle

IMPRIMER
PARTAGER

La Verdure fine aux armes du comte de Brühl présente un grand intérêt scientifique pour les collections du musée.

Elle appartient à la catégorie des productions les plus fines, dites d’"étaim fin", réservées à l’exportation.

Son état de conservation est remarquable : il est exceptionnel de pouvoir présenter au public une tapisserie avec l’intégralité de sa gamme chromatique, notamment les bleus des ciels qui sont généralement les premiers coloris à s’estomper et disparaître.

Sa signature "De Landriève MR d’Aubusson" attribue la pièce sans équivoque aux ateliers d’Aubusson.

La qualité de son dessin montre le rôle du peintre du Roi : Jean-Joseph Dumons doit venir environ deux mois par an à Aubusson. Sinon, il demeure à Paris et participe à la vie artistique de son temps. Proche du maître Jean-Baptiste Oudry (Dumons sera chargé de l’inventaire de ses dessins et estampes lors du décès d’Oudry), il reprend plusieurs de ses compositions pour Aubusson. Cette verdure fine appartient à une tenture toute en subtilité, marquée par le raffinement des oiseaux, de l’arrière-plan ; la composition est structurée par d’imposants rochers, et dynamisée par le cours d’eau et le bouillonnement de l’écume, dont l’efficacité graphique du tissage est remarquable. 

Enfin, la provenance de l’œuvre est exceptionnelle : le blason en haut au centre représente les armes du comte de Brühl, grand personnage du XVIIIe siècle qui fut le riche et puissant Premier Ministre d’Auguste III, Roi de Pologne. Dans le domaine artistique, il fut directeur de l’opéra de Dresde et de la manufacture de porcelaine de Saxe à Meissen, et responsable des achats pour la pinacothèque royale.

Grand collectionneur, les œuvres rassemblées par Heinrich von Brühl, sont aujourd’hui dans les plus grands musées internationaux : ses dessins et peintures sont au musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg et d’autres objets d’Art décoratif de sa collection dispersés dans les plus grandes collections internationales comme celle du Metropolitan Museum de New-York.

Cette œuvre remet donc en cause la hiérarchisation communément admise selon laquelle la grande aristocratie européenne se fournissait en tapisseries auprès des manufactures de Beauvais ou de Bruxelles, Aubusson ne produisant que pour la classe moyenne de l’époque. Les armes du comte de Brühl attestent qu’Aubusson avait une place dans les grands décors de l’époque.