De l'ENAD à la Cité

Appel à création de la Cité de la tapisserie : deux projets primés et une mention spéciale

08.12.2016
Appels à création

Salades, Sébastien Gouju (maquette)

Sébastien Gouju, Salades, mention spéciale du jury, 2016. Maquette conservée par la Cité internationale de la tapisserie.

Travaillant sur la question du lien et de la hiérarchie entre "arts nobles" et "arts mineurs", Sébastien Gouju revisite les verdures traditionnelles de la tapisserie d'Aubusson de manière humoristique. Partant de la notion de décor, il s'est inspiré de ce qui décore nos assiettes, pour nous plonger dans le sachet de salade. Il livre une composition de salades, une salade composée, dans la version la plus calibrée, la plus industrielle qui soit, avec un traitement très contrasté et graphique.

Imprégné des contraintes du médium textile, Sébastien Gouju a souhaité restreindre son carton à 20 couleurs et jouer sur l'écriture technique de la tapisserie pour transcrire le bouillonnement quasi organique de sa composition dans un projet de tissage maîtrisé. Le jury a tenu à souligner la qualité de son projet en lui attribuant la mention spéciale 2016.

Expositions & activités

Appels à création

Lucite, Eva Nielsen

Grand Prix 2016

Création – Eva Nielsen, artiste née en 1983, franco-danoise, vit et travaille en France (Paris). 
Tissage – Atelier Patrick Guillot, Aubusson, 2018 
Tapisserie de basse lisse, chaîne coton, trame en laine et soie, 7,5 fils de chaine au cm
Dimensions 3m ht x 2,20 m l
Teinture : Thierry Roger, Aubusson

 

Eva Nielsen est une artiste peintre créatrice d’ailleurs singuliers, de paysages vivants par le prisme de monuments, de portiques, d’éléments architecturaux, de voilages. Le temps y est stationnaire dans le présent, mais tout autant dans le passé et le futur, avec une étrange présence documentaire où le caractère photographique et pictural se lient, brouillant les frontières et les espaces tout en conservant la précision d’une réalité archéologique. Ses tableaux s’ouvrent sur une profondeur de plans, la présence des objets dans l’espace-temps y est accentuée. 

Ce caractère surréaliste autant qu’hyper réaliste se retrouve dans la tapisserie interpellant le regardeur dans ses matières et ses points, confrontant un premier plan et un lointain, à la fois précis et interprétables. La tapisserie Lucite est une transcription textile d’une œuvre où l’artiste a superposé l’impression d’une moustiquaire à la photographie d’un paysage. La texture et les points de tissage sont eux-mêmes un traitement du voilage qui devient ici un nouveau filtre subjectif du paysage. Le titre Lucite fait référence à la maladie du même nom, interdisant la confrontation directe à la lumière et nécessitant la protection de la peau par un voilage.

Appels à création

Bleue, Marie Sirgue

2e prix – Appel à création 2016

Création – Marie Sirgue, artiste née en 1985, vit et travaille en France (Paris). 
Tissage – Atelier A2, Aubusson 
Tapisserie de basse lisse, chaîne coton, trame en laine
Dimensions 3m ht x 2m l
Teinture : Thierry Roger, Aubusson

 

L’artiste Marie Sirgue joue sur des détournements d’objets, des trompe-l’œil utilisant des matériaux en décalage, conférant une nouvelle identité et un ennoblissement d’autant plus grand à l’objet de référence que celui-ci est banal, pauvre, parfois désuet. Ses installations déployées dans des espaces urbains, des architectures, des intérieurs, provoquent une confrontation entre ce qui nous est connu et l’insolite. Des évocations formelles cohérentes rejoignent l’impossible.

Le caractère utilitaire de l’objet du quotidien est remplacé par la poésie, l’imaginaire, l’inattendu. L’artiste utilise les savoir-faire pour mettre en valeur le banal et parfois même inverse le processus en se servant du pauvre pour banaliser le précieux. Ici, elle a choisi de traduire en tapisserie une bâche plastique bleue. De loin, l’œil est dupé puis en s’approchant les références se brouillent, l’œuvre prend un caractère pictural proche de la peinture pour devenir de plus près une œuvre tissée dans sa pleine sa nature. La tapisserie n’est pas une copie de la bâche mais une interprétation dans laquelle toutes les formes d’abstraction participent à réinventer le modèle sans pour autant le trahir.

Workshop "La tapisserie, le mur et l'achitecte" : 3 projets innovants récompensés

22.11.2016

La Caisse d'Épargne d'Auvergne et du Limousin soutient la Cité internationale de la tapisserie

21.11.2016
La tapisserie, le mur et l'architecte

Troisième prix : "3"

Marion Subert, Anne Boisseau (BMA "Art de la lisse"), Clément Polteau (ENSA Limoges), Sarah Ducarre (DSAA Raymond Loewy), Rafael Galoyan, Thomas Bachelé (ENSAP Bordeaux) remportent le troisième prix pour un projet qui porte bien son nom : 3. Le projet prévoit la mise en place d'un espace circulaire sous la forme d'un couloir créé à l'aide deux tapisseries, dans lequel le visiteur déambule et, à la manière d'un labyrinthe, repasse trois fois au même endroit sans jamais en avoir la même perception.

L'équipe est partie de l'idée de créer un espace en interaction avec le spectateur, qui se modifie selon trois cycles avec des changements de lumière, pour tour à tour raconter une histoire, raconter un matériau, et enfin raconter un espace. Par la lumière est ce qui lui est révélé ou non, le visiteur parcourt trois fois un même espace sans être le même.

Disposées de manière circulaire, les deux tapisseries forment un couloir dans lequel le visiteur pénètre en soulevant un pan de la tapisserie périphérique. Il est alors invité à découvrir au fil de son cheminement une tapisserie narrative classique, présentant l'histoire de Thésée et le Minotaure. Après un premier tour, il peut soulever un pan de la tapisserie intérieure pour reprendre son cheminement dans un deuxième cycle : cette fois, la tapisserie est rétro-éclairée, et laisse entrevoir la lumière par les fentes de relais laissés ouverts. Ce nouvel éclairage amène le visiteur vers une vision sensible de la structure de la tapisserie et provoque une deuxième perception du même espace. Le visiteur peut alors soulever le pan de tapisserie qui le ramène vers le début du troisième cycle. Cette fois, la déambulation se fait dans la pénombre, l'espace éclairé en lumière noire. Des fils de trame réfléchissant la lumière noire dessinent des lignes qui viennent scander l'espace pour créer un trompe-l'œil amenant peu à peu le visiteur vers la sortie.

La tapisserie, le mur et l'architecte

Deuxième prix : Voyage d'intérieur

Le deuxième prix est attribué à Cloé Paty, Brigitte Gathier (BMA "Art de la lisse"), Tristan Dassonville (ENSA Limoges), Hind Rezouk (ENSAP Bordeaux), Océane Boquet (DSAA Raymond Loewy) et Sheng Yini (Académie d'Art de Hangzhou en Chine). L'équipe a imaginé un projet de trois tapisseries adaptées et adaptables aux espaces intérieurs modernes plus réduits, permettant à l'usager de s'approprier et de redéfinir l'espace, et dont le motif en constante évolution serait composé par les traces de ces différents usages.

Inspiré de la conception nomade de la tapisserie par Le Corbusier, dans le projet Voyage d'intérieur, la tapisserie devient à la fois objet mobile et mobilier. Le projet prévoit trois tapisseries de dimensions, matières, techniques et épaisseurs différentes, qui selon leurs caractéristiques pourront séparer l'espace, permettre de ranger des objets ou de les laisser voir, enrober du mobilier, etc. Une première tapisserie de 6m x 1 m, rouge piquée de bleu, sera réalisée à l'aide de la technique du "crapautage" qui consiste à épaissir le point au fur et à mesure du tissage, pour passer d'une épaisseur de 5 mm à 1 cm. Une fois roulée, la tapisserie pourrait par exemple servir à la fois de tapis et de coussin sur la partie la plus épaisse. Le deuxième tissage de 4m x 2m fera 3 mm d'épaisseur est conçu pour être réalisé en bleu piqué de jaune. Des relais (rupture de la trame normalement nécessaire au moment des changements de couleur) seront laissés ouverts pour permettre de glisser différents objets. La troisième tapisserie est un carré jaune piqué de rouge de 3m x 3m, d'une épaisseur de 4 cm, obtenue artificiellement en multipliant les fils d'arrêt sur l'envers de la tapisserie pour rendre l'effet d'un tapis de savonnerie. Le calcul du sens des fils de chaîne permet de créer des volets ouvrables à l'envi.

Pour ces trois tissages en laine et soie, l'équipe a imaginé l'utilisation de teintures naturelles, pour créer des textiles non agressifs pour l'usager, mais aussi pour les propriétés de certaines plantes tinctoriales : la reseda des teinturiers pour le jaune, antiseptique, l'hibiscus pour le rouge, non agressif pour la peau, le pastel antibactérien et antiviral pour le bleu. Le projet prévoit également de teindre les fils de chaîne voulus en laine également, dans une teinte verte donnée par la tanaisie (insectifuge), l'usure de la trame faisant peu à peu apparaître les fils de chaîne étant ainsi anticipée dans le cycle de vie de ces tapisseries.

Ce projet s'appuie sur des formes et des techniques très simples pour des usages complexes et entièrement modulables. Sur le plan de la représentation, ce n'est pas le figuratif qui est mis en avant ici pour créer un motif narratif comme dans la tapisserie figurative traditionnelle, mais la notion de trace. Des traces témoins, fruits de l'usage quotidien de ces tapisseries. Le motif en évolution permanente est le résultat de l'histoire des tissages dans l'espace intérieur ; il se crée au fil des pliures, des réparations, des salissures, des modifications opérées par l'usager, etc.