Anne-Laure Sacriste et Raphaël Barontini remportent respectivement le Grand Prix et le Deuxième Prix de l'appel à création 2019.
Le jury de sélection de l'appel à projets de tapisseries contemporaines 2019 s'est prononcé ce mercredi à Aubusson pour attribuer le Grand Prix et le Deuxième Prix 2019. Pour cette édition placée sous le thème "L'œuvre ouverte : la tapisserie en extension", ce sont deux dispositifs intégrant la tapisserie dans des ensembles décoratifs aux univers très différents qui seront réalisés pour rejoindre le Fonds contemporain de la Cité internationale de la tapisserie.
Constitué de membres du Syndicat mixte de la Cité de la tapisserie et de personnalités qualifiées (Xavier Dectot, Musée national D'Écosse, Alain Gosselin, architecte d'intérieur et Mathieu Buard, commissaire d'expositions), le jury présidé par Valérie Simonet, Présidente du Conseil départemental de la Creuse et de la Cité de la tapisserie, a attribué le Grand Prix 2019, doté de 15 000 euros, à Anne-Laure Sacriste pour son projet d'installation intitulé Paradis. Raphaël Barontini décroche le deuxième prix, doté de 10 000 euros.
Les œuvres primées seront tissées selon les techniques de la tapisserie d’Aubusson reconnues par l’UNESCO au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité et les éléments qui les complètent seront également réalisés. Les ensembles intègreront la collection de la Cité internationale de la tapisserie.
3 maquettes présentées parmi les 10 projets finalistes sont également conservées par la Cité de la tapisserie en vue de la promotion de ce type de dispositif auprès des professionnels : Julie Bena, Hugo L'Ahelec et le duo constitué par Jenna Kaës et Clément Vuillier.
Avec "L'œuvre ouverte : la tapisserie en extension", la thématique de l'appel à création 2019 invitait les artistes à imaginer la tapisserie comme pièce centrale d’un dispositif artistique et décoratif contemporain, générant autour de l'œuvre tissée un espace immersif, modulable, adaptable aux lieux de vie comme aux espaces d'exposition, sous la forme d'éléments mettant en œuvre d'autres techniques (impressions textiles ou papier, métal, céramique, émail, bois, etc.) et lui faisant écho.
Grand Prix 2019
Paradis, par Anne-Laure Sacriste
Formée aux Beaux-Arts de Paris et à l'École Duperré ainsi qu'à la Parson School of Design de New York, la pratique d'Anne-Laure Sacriste témoigne de ce double cursus, entre peinture, gravure et dessin, intégrés à des installations complexes. Elle est représentée par la galerie Vera Munro à Hambourg.
Empruntant un motif, entre verdure et millefleurs, au moine Fra Angelico dans L’Annonciation peinte au couvent San Marco à Florence, Anne-Laure Sacriste propose un espace contemplatif, que l'on peut déplacer et installer en fonction des lieux. L'installation se compose autour de deux panneaux de tapisserie tendus sur châssis, Verdure à la colonne et Verdure All-over.
Deux plaques de cuivre, à hauteur des tapisseries, jouent de leurs reflets en déplaçant l'image et questionnant le regard du spectateur. Un damier au sol, constitué de sept plaques de cuivre (en résonance avec les jardins conçus par Mirei Shighemori au Japon), prolongent l'image de la tapisserie et juxtaposent les perspectives. Trois tortues de céramique émaillée complètent le dispositif. Dans cet espace mouvant ambigu, l'image n'en finit pas de disparaître, d'apparaître, de se multiplier.
Deuxième prix
Sans titre, par Raphaël Barontini
Le deuxième prix 2019 revient à Raphaël Barontini, artiste formé aux Beaux-Arts de Paris et représenté par la galerie Alain Gutharc à Paris, The Pill à Istanbul et Espai Tactel à Valence.
Dans la lignée de son travail pour "sortir la peinture du châssis", Raphaël Barontini s'est intéressé à la rencontre entre la pratique, séculaire, de la tapisserie de basse-lisse, et des pratiques textiles plus contemporaines comme l'impression et la sérigraphie.
Il imagine une installation empreinte d'onirisme, évoquant tout à la fois une tête de lit royal, à baldaquin, ou un décor de salle du trône, entre Orient et Occident.
L'installation est constituée d'un pan central en tapisserie qui vient s'hybrider à des inserts sérigraphiés sur différentes matières, dans l'esthétique d'un collage, et s'assemble en volume avec des voilages aux drapés baroques, imprimés sur soie.
Dans cet imaginaire poétique créole, l'agglomération dans des teintes acides des références culturelles – de la peinture italienne du XVIe siècle à la sculpture antique, en passant par l'art africain – fait écho à la confrontation des factures, des différences de poids et de tombés, de trames et de textures.
3 maquettes supplémentaires conservées par la Cité de la tapisserie
3 maquettes présentées parmi les 10 projets finalistes sont également conservées par la Cité de la tapisserie en vue de la promotion de ce type de dispositif auprès des professionnels : Julie Bena, Hugo L'Ahelec et le duo constitué par Jenna Kaës et Clément Vuillier.
Peintre d'origine grecque, venu en France à l’âge de six ans, Prassinos appartient par sa famille et ses relations à un milieu d’intellectuels. Sa sœur, Gisèle Prassinos, jeune écrivain, fait partie du cercle des grands poètes de l’époque (André Breton, René Char, Tristan Tzara…). Mario Prassinos côtoie à Paris les personnalités les plus marquantes de la vie culturelle de son temps : des peintres (Max Ernst, Jean Arp , Dali, Picasso…), des éditeurs (les Gallimard, Paulhan), des hommes de théâtre (Charles Dullin, Jean Vilar…), il est aussi ami avec Raymond Queneau, dont il suit les recherches sur le langage et l’écriture. Placé au cœur des grands mouvements artistiques et littéraires de son époque, Mario Prassinos en a forcément subi les influences.
Si vers 1950 les débuts de sa carrière comme peintre-cartonnier sont assez classiques (passage de la peinture à la tapisserie, rencontre avec le "maître" Jean Lurçat, découverte du carton numéroté et du travail d’atelier à Aubusson…), son univers, en revanche, est unique. Pour en parler, on doit d’abord évoquer son travail graphique, et surtout ses encres de Chine. Ses recherches picturales l'ont amené à recréer au moyen de "signes" les émotions qu'il ressent au contact de certains éléments de la nature (les collines provençales qu'il aime parcourir en tous sens, les cyprès, le vol des oiseaux..). En tapisserie, cette écriture s'agrandit, devient monumentale, dépouillée, et peut prendre des accents dramatiques, surtout lorsque l'artiste use du rouge et d'oppositions volontairement brutales de noirs et de blancs. Ses compositions sont abstraites, loin de l’anecdote décorative ; elles naissent souvent de formes étranges, qui une fois assemblées, prennent un sens ou évoquent une émotion.
Fidèle aux mêmes lissiers pendant toute sa carrière – ceux de l’atelier Goubely à Aubusson –, peu à peu Prassinos trouve un style et une gamme bien reconnaissables, alternant zones de couleurs pures et zones retravaillées à l’aide des procédés de tissage : hachures, piqué, chiné… qui ne sont pas sans rappeler d’ailleurs le pointillisme de ses encres de Chine. Les titres shakespeariens qu’il choisit souvent pour ses tapisseries les auréolent de romanesque : Roméo et Juliette, Falstaff, King Lear, Macbeth, Le Songe d’une nuit d’été…
Son passage à Aubusson a marqué l'esprit des lissiers (et particulièrement des lissières !) de l'époque : "C'était un rayon de soleil qui rentrait dans l'atelier, Prassinos" (Bernadette Lyraud, ancienne lissière chez Goubely, extrait du film "Tissage d'humanité", 2012).
Carton pour la tapisserie Sainte-Barbe, annoté par Mario Prassinos.
En 1984, du vivant de l’artiste, le musée de la Tapisserie a organisé à Aubusson une exposition rétrospective avec le catalogue de toutes ses tapisseries (1951-1980).
En 2017, la Cité de la tapisserie lui a consacré l'exposition estivale à l'Église du Château de Felletin. Ses œuvres sont présentées régulièrement dans le parcours de la Nef des Tentures de la Cité internationale de la tapisserie, qui retrace six siècles d'histoire de la tapisserie à Aubusson.
Une Fondation Donation Mario Prassinos existe à Saint-Rémy-de-Provence depuis 1985.
Après être tombés du métier dans l’Atelier Guillot, les Trolls ont envahi l’amphithéâtre de la Cité internationale de la tapisserie le mercredi 11 septembre 2019. Cette sixième tapisserie, la plus grande du projet « Aubusson tisse Tolkien », a été dévoilée en présence d’Alain Rousset, Président de la Nouvelle-Aquitaine, ému par sa première tombée de métier.
« C’est très émouvant, c’est la première fois que je vis une tombée de métier » a confié Alain Rousset, surpris et touché par la transposition de l’oeuvre de Tolkien en tapisserie monumentale, la plus grande de la tenture. Pour lui le projet est un « joli clin d’oeil » connectant la tapisserie et l’art contemporain, dans une grande région riche de ses « artisans, une culture avec une visibilité incroyable, qui apporte de la beauté ».
Marcel Aubron-Bülles, fondateur de la German Tolkien Society, découvrait également Aubusson et assistait pour la première fois à une tombée de métier. Après avoir eu l’occasion de couper quelques fils de chaîne afin de libérer la tapisserie du métier à tisser, il a pu ressentir l’émotion de la révélation d’une œuvre tissée, pour la première fois en entier : « J’ai eu la chance de couper les fils, ce qui était vraiment épatant ! » Ce spécialiste de l’univers de Tolkien a ainsi découvert la richesse des tapisseries de la Tenture Tolkien, qui révèlent dans leur dimensions monumentales de nombreux détails des œuvres graphiques de Tolkien. « Voir l’art de Tolkien à une si grande échelle et avec une telle beauté, c’est vraiment incroyable. Ça valait vraiment le coup de venir ! »
Retrouvez les images de la tombée de métier :
L’œuvre
L’aquarelle originale
Le Hobbit a été rédigé entre la fin des années 1920 et le début des années 1930 pour amuser les jeunes enfants de Tolkien. Il raconte l’histoire de Bilbo Baggins (version originale, dit Bilbon Sacquet dans la 1ère traduction et Bilbo Bessac dans la nouvelle), embarqué malgré lui par le magicien Gandalf et une compagnie de treize nains dans leur voyage vers la Montagne Solitaire, pour récupérer leur trésor gardé par le dragon Smaug. Le livre est paru au Royaume-Uni en 1937.
Le Hobbit (Extrait - Chapitre 3 « Une brève halte »)
« Armés des sacs qu’ils utilisaient pour emporter leur butin, mouton ou autre, ils attendirent dans l’ombre. Chaque fois qu’un nain arrivait en haut et apercevait le feu, les pichets renversés et le mouton à moitié dévoré, hop ! Un sac puant lui tombait dessus à l’improviste et il était fait prisonnier. (…)
« Ça leur apprendra ! dit Tom ; car Bifur et Bombur leur avaient causé beaucoup d’ennuis, se débattant comme des forcenés, ainsi que le font les nains lorsqu’ils sont pris au piège. Thorin arriva en dernier - sans se laisser prendre par surprise. Il avait flairé le danger et n’eut pas besoin de voir les jambes de ses compagnons dépasser des sacs pour se rendre compte que quelque chose ne tournait pas rond. Il se tint dans l’ombre à quelque distance et lança avec fermeté : Qu’est-ce qui se passe ici ? Qui ose tabasser mes gens ? Ce sont des trolls ! dit Bilbo, caché derrière un arbre. Ceux-ci l’avaient complètement oublié. « ils se terrent dans les buissons avec des sacs », dit-il. »
L’œuvre originale étant uniquement en noir et blanc, pour la première fois depuis le lancement du projet Tolkien la réalisation du carton a été laissée au soin des lissiers Patrick et Marie Guillot et Nathalie Mourevoux – tâche habituellement assurée par la cartonnière en charge de l’ensemble des cartons de la Tenture, Delphine Mangeret.
L’atelier Guillot a donc choisi les matériaux et les couleurs nécessaires à la réalisation de la tapisserie. Les lissiers ont fait appel à la technique dite de « multiples contextures » utilisant différentes épaisseurs de tissage, plusieurs matières (la laine, le coton, le lin et la soie) et de nombreuses nuances de noirs et de blancs. Les lissiers ont ainsi choisi de jouer sur les fibres et les couleurs pour donner de la luminosité et du relief.
Après un long travail préparatoire, 4 mois de tissage ont été nécessaires pour réaliser cette tapisserie de 12 m2 et faire surgir les Trolls du fond de cette forêt obscure et lugubre. Un travail de patience et de longue haleine que le Président de la Région n’a pas oublié de souligner : « L’allégorie du temps ressemble à la fabrication et à la conception d’une tapisserie. »
La Fondation Bettencourt Schueller fête ses 20 ans de soutien aux métiers d'art à travers une exposition qui se tiendra au Palais de Tokyo du 16 octobre au 10 novembre 2019 : "L'esprit commence et finit au bout des doigts", dans laquelle la Cité de la tapisserie présente l'étonnante Bleue, de Marie Sirgue.
L'exposition, dont le titre est tiré d'un roman de Paul Valéry, se propose de refléter les 20 ans d'engagement de la Fondation Bettencourt Schueller aux côtés des artisans d'art français, et se veut résolument tournée vers la contemporanéité des métiers d'art, qui, s'ils s'appuient sur le passé, incarnent aussi la grande créativité de la scène française.
Le commissariat de l'exposition a été confié à Laurent Le Bon, Président du Musée Picasso, et la mise en espace à l'artiste Isabelle Cornaro.
Dans le cadre du magnifique plateau de l’Orbe New-York, au Palais de Tokyo, le parcours de l’exposition est aménagé en quatre séquences, jouant sur la variation des intensités lumineuses et la dilatation des espaces, s’ouvrant avec une mise en perspective historique, cherchant à magnifier les mains, seules, puis incarnées.
Récompensée du Prix Parcours par la Fondation Bettencourt Schueller en 2018, la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson est représentée à travers un métier à tisser de basse-lisse traditionnel, mis en scène de manière originale en "éclaté". L'une des œuvres du Fonds contemporain de la Cité internationale de la tapisserie incarne dans l'exposition la virtuosité des artisans de la basse-lisse à Aubusson : la tapisserie Bleue de Marie Sirgue, lauréate du 2e prix de l'Appel à création 2016 de la Cité de la tapisserie, réalisée par l'Atelier A2 à Aubusson, est une interprétation contemporaine des traditionnels drapés de la tapisserie, à travers l'image, en trompe-l'œil, d'une inattendue d’une bâche de chantier.
La tapisserie d’Aubusson est une partie emblématique de notre patrimoine reconnue mondialement par l'UNESCO. Aussi créative qu’à ses débuts de Manufacture royale sous Louis XIV, elle est l’expression d’un savoir-faire artisanal ancré dans nos territoires. Mariage unique entre matière, vision artistique et savoir-faire d’une région de grand renom, elle ne cesse de fasciner les amateurs de tous horizons, bien-au delà de nos frontières.
Rejoindre les Amis de la Tapisserie d’Aubusson c’est intégrer l'histoire multiséculaire d’un art de vivre à la Française.
Pour nous rejoindre, remplissez le formulaire ci-dessous et cliquez sur "Je souhaite adhérer".
L'équipe de la Cité internationale de la tapisserie vous contactera dans les plus brefs délais afin de vous guider dans votre démarche.
Les informations recueillies à partir de ce formulaire font l’objet d’un traitement informatique destiné à cite-tapisserie.fr aux fins de traitement de votre demande de contact. Conformément à la loi Informatique et Libertés du 06/01/1978 modifiée, les droits d’accès, de rectification, de suppression et d’opposition sur les données indiquées ci-dessus peuvent s’exercer par courrier à notre adresse présente sur notre site.
Dans le cadre de son Summer School Programme, la Michelangelo Foundation for Creativity and Craftsmanship a offert cet été la possibilité à 20 jeunes artisans et designers venus de toute l’Europe de suivre une formation à la Cité internationale de la tapisserie, aux côtés des lissières en cours de préparation du Brevet des Métiers d’Art « Art de la lisse » mis en place à la Cité de la tapisserie et coordonné par le GRETA du Limousin. Cette rencontre d'une semaine a abouti à la création d'une œuvre collective inspirée par le travail de l'artiste suisse Elsi Giauque, dont l'œuvre Élément virtuel spatial est visible jusqu'au 06 octobre dans l'exposition "Le Mur et l'Espace", en partenariat avec la Fondation Toms Pauli. L'œuvre collective est à découvrir au cœur du parcours d'exposition de la Cité internationale de la tapisserie.
Intitulée "Tapisserie et interprétation artistique", cette formation a permis à des étudiants originaires de Bulgarie, du Danemark, de France, de Pologne, de Lettonie, d’Espagne, de Slovaquie, de Suède et du Royaume-Uni de découvrir les techniques spécifiques de la tapisserie d’Aubusson ainsi que d’échanger avec les stagiaires de la formation du Brevet des Métiers d'Art sur les techniques employées en Europe.
Pendant toute la semaine, la première partie de la journée était consacrée à comprendre et à découvrir le monde de la tapisserie aubussonnaise (visites d’ateliers, filature, manufacture...) et les expositions de la Cité internationale de la tapisserie, l’autre partie était dédiée à l’élaboration d’une œuvre collective au sein de l’atelier de formation au 3e étage de la Cité de la tapisserie. Leur travail s’inspirait de l’œuvre tridimensionnelle de l’artiste suisse Elsi Giauque : Elément virtuel spatial (1969), prêt du MUDAC Lausanne. C’est une structure légère avec une chaîne tendue sur un cadre métallique, inégalement recouverte par une trame (fils de couleurs), juste posée.
Les participants du workshop venus de plusieurs pays européens, de cultures et de formations textiles variées ont dû relever le défi d’un cadre se pliant facilement sous la pression du tissage, d’utiliser des instruments locaux, de "tisser dans le vide", dans un délai d’une semaine. Tout cela sous le regard du "maître lissier" Christian Blanchon. Au cours de sa carrière, de ses rencontres avec Thomas Gleb, Huguette Arthur Bertrand, Pierre Daquin, il a expérimenté des tissages s’écartant de la tapisserie traditionnelle aubussonnaise, aussi innovants à l’époque que les recherches d’Elsi Giauque, visant à révéler "l’intérieur", "l’ossature" de la tapisserie.
La question environnementale a été abordée au prisme des 4 éléments au cours de ce workshop. Les groupes de travail ont été composés d'au moins un artiste, un(e) lissier(e) “confirmé(e)”, un(e) apprenti(e) lissier(e) s’inscrit dans une perception aubussonnaise de la réalisation d’une tapisserie fondée, à Aubusson, sur l’idée d’une collaboration entre un artiste et un artisan d’art, où l’un propose l'intention artistique tandis que l’autre interprète avec sa technique. Cette répartition des rôles s’est quelque peu estompée durant le workshop, où certaines lissières aubussonnaises se sont confrontées à la création. Les différentes conceptions de la préparation et de la réalisation d’une tapisserie se sont ressenties dans les manières dont chacun ont collaboré, appréhendé le métier de basse-lisse,ont choisi les couleurs (avant, pendant le tissage), les élaborations ou non de cartons, l’exigence de régularité, le ressenti des communications entre les formes durant le tissage.
La Terre
La mort
Artiste - Fanny Ciupa, lissière apprentie de la formation du Greta Tissage - Tissage sur cadre par Fanny, lissière apprentie de la formation du Greta. Matières - Feutrine de laines noire du Velay et laine de mérinos , laine chinée utilisation de fil de pêche pour la toile d’araignée.
Les minéraux
Artiste - Alisa Larsen, étudiante en design à la Royal danish academy of Fines Arts in Schools of Architecture, design and Conservation à Copenhague - Danemark Tissage - Tissage collaboratif entre Valérie Vivier, lissière apprentie de la formation du Greta à la Cité de la Tapisserie et Alisa Larsen. Tissage sur métier de basse-lisse. Matières - fil de pêche, rayonne, rubans, fils de nylon, laine.
Une première chaîne en fil de pêche couleur a été montée sur le cadre. Ses attaches sont espacées de manière inégale afin de créer des jeux de lumière sur le tissage minéral. Ces roches ont été tissées sur une autre chaîne, montée sur un métier de basse-lisse. Alisa Larsen a appris à réaliser un carton et un chapelet correspondant, sous les conseils de Valérie Vivier. Elle y a délimité les zones en double et simple chaîne. Par ces nuances de texture elle voulait apporter du relief aux roches tissées. Au cours du tissage sur l’envers, elle a appris à lire le carton sous les fils de chaîne, à utiliser autant sa main droite que sa main gauche, à sentir les formes et trouver techniquement les passages entre elles, avec l’aide de Christian Blanchon. Un fil de nylon a été piqué dans les fils de chaîne, en suivant le contour de formes, pour que le tissage soit maintenu lors de son accrochage au cadre métallique.
Strates of ground
Artiste - Adela Goranova, artiste lissière diplômée de la National Academy of Art de Sofia - Bulgarie Tissage - Tissage sur métier de basse-lisse par Adela Goranova. Matières - laine bouclette, rustique et chinée, du lin.
Adela Goranova a tissé sur l’endroit, sur un métier de basse-lisse sans pédales. Elle a choisi ses matières au “feeling” selon elle, en ne s’aidant ni d’un carton ni d’un chapelet, visualisant son tissage au fur et à mesure, en dessinant quelques formes sur ses fils de chaîne. Cette artiste-lissière a exploré différentes techniques de tressages, de noeuds, de tissage de finesse variée afin de créer des jeux de textures, d’épaisseurs, de régularités. Lors de l’accrochage du tissage sur le cadre métallique, un fil de chaîne sur deux a été coupé sur la partie haute du textile en le laissant retomber sur un côté. Son travail peut ainsi autant se voir sur l’endroit que sur l’envers.
La jungle
Artiste - Julie Ruelle, lissière diplômée du Greta à la Cité de la Tapisserie, dirigeant Willyarn - France Tissage - Tissage sur cadre de Julie Ruelle Matières - Laine des Pays-Bas, fils de sari, fil plastique, du coton, du coton en ruban détricoté, des fils de pêche.
Julie Ruelle a tissé directement sur le cadre s’imaginant une jungle se déployant progressivement. Pour éviter une torsion du cadre elle a joué sur le montage de sa chaîne et sur un tissage pas trop serré. Elle a réalisé ses propres teintures maison avec une cuisson au micro-onde, sans métaux lourds.
Roots
Artiste - Zoé Atkinson, textile designer à Fiona Colquhoun Design à Londres - Angleterre Tissage - Tissage sur cadre de Zoé Atkinson. Matières - coton gazé et mercerisé, lin, laine chinée, fil de nylon.
L’air
Le montage d’une chaîne identique a été choisie pour les 5 cadres, avec 71 fils pour les 71 composants de l’air, l’argon, le diazote, le dioxygène, le dioxyde de carbone et d’autres gaz.
L’ondulation musicale d’une partition
Artiste - Benjamin Hymers, lissier au Studio Dovecot à Edimbourg - Ecosse. Tissage - Tissage sur cadre de Benjamin Hymers. Matières - Fil de coton et lin Outils - Une broche (utilisée à la fois pour tisser et tasser dans la tapisserie de haute-lisse)
C’est au son du Heavy Metal qu’il a tissé, donné de l’énergie et du mouvement à son tissage.
L’hirondelle
Artiste - Josep Safont étudiant à l’Escola Massana, Centre de Arte y Desiño à Barcelone - Espagne. Tissage - Tissage sur cadre et sur métier de basse-lisse, tissage collaboratif entre Josep Safont et Séréta Thaï, apprentie lissière de la Formation du Greta à la Cité internationale de la tapisserie - France. Matières - fil de nylon, lin, laine, fil de pêche.
L’hirondelle a été tissée en basse-lisse sur l’envers dans un tissage assez fin. Pour que son tissage soit maintenu des fils de nylon ont été piqués dans les fils de chaîne en suivant la forme de l’oiseau. Josep Safont a appris à réaliser un carton et un chapelet sous les conseils de Séréta afin de trouver le "bon rapport entre les couleurs". Après être tombée de métier et avant d’être assemblée au cadre métallique par des fils de nylon, les fils de chaîne et de trame ont été coupés et rentrés dans son tissage. La chaîne du cadre a été recouverte à quelques endroits par un tissage serré en fils de pêche formant les nuages.
La fumée
Artiste - Marine Col, étudiante en tapisserie d’ameublement à l’Ecole Boulle à Paris - France Tissage - Tissage sur cadre et collaboratif entre Marine Col, Séréta Thaï et d’Alexia Virig, apprenties lissières de la formation du Greta à la Cité internationale de la tapisserie - France Matières - coton satiné, ruban serpentine, lin, laine rustique, fil de nylon. Outils - aiguille et matériel de tricot.
Elles ont joué sur des différences de textures et sur des tissages souples, de noeuds presque posés sur les fils de chaîne, où un fil de nylon y a été piqué. Il suit l’ondulation de la fumée, se trouvant en dessous ou au dessus des courbes pour maintenir ce tissage souple et aérien.
Nuage
Artiste - Anna Elizabete Kasparsone, designer de mode à Londres Tissage - Tissage sur cadre Anna Elizabete Kasparsone. Matières - lin, fil synthétique, coton, laine mèche peignée, laine câblée, laine de mérinos.
Elle a tissé sur l’endroit du cadre en s’aidant de son carton y étant accroché. Sur ce dernier elle a délimité les zones contrastées et y a scotché quelques échantillons de matières, comme lors de ses réalisations de "books" de mode.
Décors aériens
Artiste - Aleksandra Żeromska, illustratrice designer polonaise ayant étudié à l’école cantonale d’Art de Lausanne - Suisse. Tissage - Tissage collaboratif d’Aleksandra Zeromnska et d’Elisabeth Le Roc'h Morgère, apprentie lissière à la Cité internationale de la tapisserie. Matières - fil acrylique, rubans, coton tricotin, fil de nylon.
Le choix des couleurs et des matières a été laissé libre à Aleksandra Żeromska. Celle-ci a réalisé un dessin tout en couleur. Elle a scanné et imprimé ce dessin pour l’accrocher comme carton sur le cadre. Le tissage s’est fait à l’envers. Les finitions ont ensuite été faites à l’aiguille et le pourtour des formes fixées par du nylon.
Le feu
Un échantillon de matière commun a été décidé pour l’ensemble des 5 cadres. De même, les zones de tissage ont été réfléchies dans l’optique d’une superposition des cadres, pour créer un motif global.
Artistes -
Marina Villarde Lopez, étudiante à l’école Massana Centre de Arte y Diseño de Barcelone - Espagne. Baiba Marta, artiste textile -Lituanie. Vladimíra Maťašeová, artiste designer dirige la marque V.M et réalise des recherches sur la production de lin -Roumanie. Mariya Ganeva, artiste lissière bulgare à la China Academy of Art à Hangzhou - Chine. Clémence Tonnoir, apprentie lissière de la formation du Greta à la Cité internationale de la tapisserie -France. Annika M. S. Bohn étudiante à la Royal Danish Academy of Fine Arts in Schools of Architecture, Design and Conservation à Copenhague - Danemark.
Tissages - Tissages sur cadre par ces mêmes artistes et lissière. Matières - fil d’acrylique, fil synthétique, laine bouclette, laine rustique et antique
Les 6 membres du groupe ont tout d’abord sélectionné un motif global parmi des peintures où chacune avait apposé sa couleur, puis sélectionné les zones de tissages pour les 5 cadres. Ensuite elles ont expérimenté différents types d’accrochage de chaîne ( en diagonale, en largeur et en longueur) afin de ne pas trop forcer sur le cadre lors du tissage. Vladimíra Maťašeová, Baiba Marta et Annika M. S. Bohn sont intervenues sur plusieurs cadres, tandis que Mariya Ganeva et Marina Villarde Lopez ont travaillé seules sur leur cadre respectif. Clémence Tonnoir donnait quant à elle des conseils techniques de tissage.
L’eau dans ses différents états
Le choix des différents états de l’eau et des sensations qu’ils évoquent en terme de mouvement, de couleurs et de motifs a été communément discuté lors d’un “ brainstorming”. Il a été aussi décidé des surfaces des cadre qui seront tissés et laissées “vides” afin de créer un ensemble cohérent lors de la superposition des cadres. C’est la pollution qui engloberait le tout. Elles ont cependant pris de la distance avec cette idée initiale lors de l’installation.
La glace
Artiste - Maria Massa Domingo, étudiante en Art textile à l’Escola Massana, Centre de Arte y Diseño de Barcelone -Catalogne. Tissage - Tissage sur cadre Maria Massa Domingo. Matières - Mélange de feutrine, coton, rubans, fils de nylon.
Dans son tissage notons qu’elle a choisi de rendre apparents à certains endroits les fils de chaîne.
L’Océan et ses profondeurs
Artiste - Elaine Wilson, lissière au studio Dovecot à Edimbourg - Ecosse. Tissage - Tissage sur métier de basse-lisse par Elaine Wilson. Matières - Laines chinées et rustiques, fil de nylon. Outil - Broche ( utilisée à la fois pour tisser et tasser en tapisserie de haute-lisse).
Elaine Wilson a tissé ses différentes formes à l’endroit sur un métier basse-lisse sans pédales. Elle a préféré l’utilisation d’une broche à celle du peigne et du grattoir. Ces deux outils demandent une autre dextérité, de tisser autant par la main droite que par la main gauche, exigence aubussonnaise. Cette lissière a dessiné directement ses formes sur les fils de chaîne, se référait à sa peinture posée sur le métier à tisser pour choisir ses couleurs. En tissant sur l’endroit elle testait et jaugeait leurs effets. C’est une manière de procéder différente de la tradition aubussonnaise (où l'on tisse sur l’envers de la tapisserie). Pour créer des nuances de textures, elle a tissé sur double et simple chaîne et des épaisseurs de laine variées. Elle a ensuite réalisé ses finitions au fil de nylon et rattaché ce tissage au cadre métallique.
Le mouvement
Artiste - Ania Szalak, étudiante en art textile à l’Académie des Beaux-Arts de Łódź - Pologne. Tissage - Tissage sur cadre d’Ania Szalak. Matières - Laines rustiques, rubans, fils synthétique, laine inégale, mélange de laine et soie.
La sècheresse
Artiste - Marion Subert lissière diplômée du Greta à la Cité de la tapisserie et membre de l’atelier des Just’lissière à Aubusson - France. Tissage - Tissage sur métier de basse-lisse de Marion Subert et finitions par Catherine Gaulmier, apprentie lissière à la formation du Greta de la Cité internationale de la tapisserie - France. Matières - Laine rustique et laines fines, fil de nylon, coton.
Marion Subert a d’abord tissé en basse-lisse en utilisant de la laine rustique de différentes teintes et des techniques de battages. Catherine Gaulmier a ensuite rentré 3 fils de chaîne sur 4 dans le tissage lors de l’accrochage sur le cadre, à l’aide d’une aiguille.
La pollution envahissante
Artiste - Bella Jaffrenou Roubaud céramiste étudiante à l’école Camondo à Paris - France. Tissage - Tissage sur cadre de Bella Jaffrenou Roubaud avec les interventions d’Alexia et de Marion Subert. Matières - mélange de laines chinées, rustiques, fils plastiques.
La belle vallée de Rivendell est tombée du métier le vendredi 17 mai 2019 à la Cité internationale de la tapisserie. Cette cinquième pièce de la Tenture Tolkien, tissée par l’atelier Françoise Vernaudon, a été saluée par Baillie Tolkien et par l’Ambassadeur du Royaume-Uni Lord Llewellyn, venu spécialement à Aubusson pour dévoiler l'œuvre qui témoigne de la force des liens franco-britanniques.
"Yes I’m ready", signalait Lord Llewelyn, prêt à faire tomber de métier la tapisserie Rivendell après avoir reçu les précieux conseils de la lissière Françoise Vernaudon. Les premiers fils de chaîne furent coupés par l’Ambassadeur suivi de Baillie Tolkien, rompue à l'exercice puisque c'était pour elle sa quatrième participation à une tombée de métier. Une première, en revanche, pour Lord Llewelyn, pour qui "le moment où l’on a révélé cette si belle tapisserie était un moment très spécial". L'Ambassadeur a rendu hommage aux trois lissières, Françoise Vernaudon, Natalie Mouveroux et Anne Boissau, qui ont donné vie au paysage de Rivendell mois après mois. Il a souligné l'aspect symbolique de l'événement pour la France et le Royaume-Uni : "Une autre raison pour laquelle je suis ravi d’être ici, c’est […] de fêter les liens entre nos deux pays, […] ces liens franco-britanniques."
Regarder la tombée de métier en vidéo :
L’œuvre
L’aquarelle originale
Le Hobbit a été rédigé entre la fin des années 1920 et le début des années 1930 pour amuser les jeunes enfants de Tolkien. Il raconte l’histoire de Bilbo Baggins (version originale, dit Bilbon Sacquet dans la première traduction française et Bilbo Bessac dans la nouvelle), embarqué malgré lui par le magicien Gandalf et une compagnie de treize nains dans leur voyage vers la Montagne Solitaire, pour récupérer leur trésor gardé par le dragon Smaug. Le livre est paru au Royaume-Uni en 1937.
Le Hobbit (Extrait - Chapitre 3 « Une brève halte »)
Puis ils parvinrent au bord d’une dépression abrupte - si soudainement que la monture de Gandalf faillit glisser en bas.
"Nous y voilà enfin !", annonça-t-il, et les autres s’assemblèrent autour de lui pour contempler la vue. Loin en bas s’étendait une vallée. Ils pouvaient entendre la voix d’un torrent qui coulait, tout au fond, dans son lit de pierres ; le parfum des arbres flottait dans l’air, et il y avait une lueur sur le versant opposé, de l’autre côté d’un cours d’eau.
Bilbo n’oublia jamais comment, ce soir-là au crépuscule, ils dégringolèrent le chemin sinueux et escarpé qui menait dans la vallée secrète de Fendeval. L’air se réchauffait à mesure qu’ils descendaient, et l’odeur de pin lui donnait sommeil, si bien que, de temps à autre, il s’endormait et manquait de tomber, ou se cognait le nez sur l’encolure du poney. Plus ils s’enfonçaient dans la vallée, plus ils reprenaient courage. Les pins cédèrent le pas aux hêtres et aux chênes. Il y avait dans le soir une atmosphère réconfortante. Les dernières touches de vert avaient presque disparu dans l’herbe lorsqu’ils arrivèrent enfin à une clairière non loin au-dessus des rives du cours d’eau.
Tracé du carton de Rivendell à l'échelle de la future tapisserie en préparation du tissage.
Le tissage, effectué sur l'envers pour la tapisserie de basse-lisse, a demandé près de 4 mois de travail aux trois lissières de l'Atelier Françoise Vernaudon. Toutes avouent s'être prises au jeu et s'être pleinement approprié les préconisations du comité de tissage, à savoir l'usage des techniques de la tapisserie telles qu'elles étaient enseignées dans les années 1930, avec l'emploi de couleurs pures et une écriture technique très marquée.
Caché au cœur des Monts Brumeux, le paysage de Rivendell invite à une promenade où nous pouvons presque entendre le bruit de la cascade et sentir une odeur de pins. Un endroit paisible et apaisant qui offre à ce paysage haut en couleurs, une pleine immersion dans cet univers fantastique et elfique.
Si J.R.R. Tolkien n’a pas puisé sa source d’inspiration dans les paysages creusois pour dessiner Rivendell, Valérie Simonet, Présidente du Conseil départemental de la Creuse, a discerné "entre la Creuse et la Terre du Milieu, […] quelques troublantes similitudes de paysage, entre Monts et Vallées". Malgré la ressemblance avec la Creuse, c’est bien en Suisse, dans la vallée de Lauterbrunnen, à proximité d’Interlaken, que Tolkien s’est inspiré des reliefs alpins. C'est en effet après son voyage en Suisse en 1911 qu'il commence à peindre la vallée des Elfes.
Toujours séduite par les interprétations tissées des illustrations qu'elles a tant côtoyées, Baillie Tolkien reste convaincue que son beau-père J.R.R. Tolkien aurait été heureux de la collaboration avec les artisans d'art de la tapisserie d'Aubusson : "il y a une fraternité d'esprit entre mon beau-père et les gens qui font ces tapisseries [...], il y avait des lissiers dans le Middle Earth, certainement !"
10 projets sélectionnés pour l'appel à création 2019
25.06.2019
Qui succèdera à Nicolas Buffe, Cécile Le Talec, Bina Baitel, Goliath Dyèvre & Quentin Vaulot, Pascal Haudressy, Christine Phung et Eva Nielsen ? Avec "L'œuvre ouverte : la tapisserie en extension", la thématique de l'appel à création de cette année 2019 invitait les artistes candidats à imaginer la tapisserie comme pièce centrale d’un dispositif artistique et décoratif contemporain. 10 propositions viennent d'être sélectionnées pour la deuxième phase de l'appel projets.
Les projets attendus devaient prévoir une tapisserie et un certain nombre d’extensions sous la forme d’objets ou formes faisant appel à d’autres techniques (céramique, cuir, métal, émail, bois, panneau de papier peint ou imprimé, etc.), pour générer autour de la tapisserie un espace immersif, modulable, adaptable aux lieux de vie comme aux espaces d'exposition, et fonctionnant par le jeu de correspondances créé entre les différents éléments. Le jury de sélection s'est réuni lundi 24 juin 2019 et a retenu, parmi les 108 dossiers reçus, 10 projets autorisés à poursuivre leurs recherches et proposer des maquettes numériques abouties pour le 26 septembre prochain :
- Raphaël Barontini (Beaux-Arts de Paris), représenté en France par la galerie Alain Gutharc et à Istanbul par The Pill, a soumis un projet dans l'esthétique d'un collage qui combine la tapisserie à d'autres pratiques textiles (textiles numériques, éléments sérigraphiés) pour créer une pièce en volume, immersive et modulable.
- Julie Bena, représentée par la galerie Joseph Tang à Paris, pour "Dans l'espace 'exquisite' de la nuit, le printemps est roi", projet performance associant une tapisserie, 6 verres et une carafe, un costume et une chaise.
- Tommy Bougé et Romane Boussard, tous deux jeunes diplômés de l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs, pour leur série de modules, fenêtres mobiles et tapissées.
- Thomas Defour et Antoine Grulier, respectivement diplômés de l'École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre à Bruxelles et de l'École supérieure d'art & de design Marseille-Méditerranée puis de l'École Duperré à Paris pour leur projet "Les Chutes d'Aubusson" : une tapisserie en mouvement, qui par un jeu de découpes deviendra tour à tour tapis, abat-jour, dessus de table, toile de transat, etc.
- Hippolyte Hentgen : l'univers du duo constitué par Lina Hentgen et Gaëlle Hippolyte, représentées par la galerie Semiose à Paris, a retenu l'attention du jury, pour son projet "Quack Quack", associant à la tapisserie un ensemble de vases et différents éléments de mobiliers et accessoires.
- Jenna Kaës et Clément Vuillier (diplômés de l'ESAD de Strasbourg et de l'École cantonnale d'art de Lausanne), pour leur association d'une tapisserie avec cinq éléments mobiliers issus de la technique très particulière de la pétrification calcaire.
- Hugo L'ahelec, diplômé de l'École Boulle puis de l'ENSCI-Les Ateliers avec "Comedia", proposant une tapisserie asociée à des formes en inox poli-miroir et deux séries d'objets, l'une en cuir et l'autre en porcelaine.
- Anne-Laure Sacriste, formée aux Beaux-Arts de Paris et à l'École Duperré et représentée par la Galerie Vera Munro à Hambourg, a proposé "Paradis", un espace contemplatif et modulable associant la tapisserie avec des plaques de cuivre.
- Elsa Sahal, diplômée des Beaux-Arts de Paris et de l'ENSCI et représentée par la galerie Claudine Papillon à Paris et par The Pill à Istanbul, propose dans la lignée de son travail de la terre, de confronter l'échelle monumentale de la tapisserie à celle, plus humble, de la céramique.
- Mathieu Schmitt, diplômé des Beaux-Arts de Paris, et Belem Julien, issue du monde de l'édition et de la traduction : le duo qui travaille ensemble depuis de nombreuses années a été sélectionné pour son jeu de correspondances entre la tapisserie, une frise murale en papier imprimé et un paravent en tissu imprimé, déclinés en deux versions jour/nuit et dont les éléments peuvent être combiné à loisir dans un même lieu de vie.
Les candidats sélectionnés ont jusqu'au 15 octobre à 17h pour proposer les maquettes finales de leurs dispositifs.
Le premier prix, doté de 15 000 €, et le deuxième prix (10 000 €) seront réalisés, en comprenant les "extensions", ainsi que les tapisseries qui devront être tissées selon les techniques de la tapisserie d’Aubusson telles que les a reconnues l’Unesco en les inscrivant au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Un appel d’offres sera lancé auprès des ateliers de lissiers de la région d’Aubusson-Felletin qui soumettront des échantillons de tissage. Les maquettes des troisième à cinquième prix (5 000 €) seront conservées par la Cité en vue de la promotion de ce type de dispositif auprès des professionnels, voire d’une réalisation ultérieure. Les cinq projets non retenus seront indemnisés (1000 €).
La première tapisserie de Clément Cogitore à découvrir à Aubusson
Du 30 Juin 2019 au 24 Août 2019
Clément Cogitore, lauréat du Prix Marcel-Duchamp en 2018, signe une tapisserie pour les collections de la Cité internationale de la tapisserie. L'œuvre, tissée selon les savoir-faire de la tapisserie d'Aubusson, reconnue par l'UNESCO au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité, constitue un premier contact de l'artiste vidéaste avec le médium textile. Elle est présentée pour la première fois du 30 juin au 24 août 2019, en partenariat avec la Scène nationale d'Aubusson.
La Cité internationale de la tapisserie travaille activement pour la création contemporaine en tapisserie d'Aubusson, à travers des projets de créateurs importants sur la scène française et internationale. Après plusieurs années de préparation, la première œuvre tissée du lauréat du Prix Marcel Duchamp 2018, Clément Cogitore.
Son regard novateur de cinéaste, son questionnement sur l'image, font sens dans le cadre de la création destinée à intégrer les collections de la Cité de la tapisserie. Cette collaboration est le fruit de la volonté du directeur de la Cité internationale de la tapisserie Emmanuel Gérard et de sa rencontre avec l'artiste dès 2013 (par l'intermédiaire de ses galeristes de l'époque Jérémy Planchon et Camille de Bayser), qui était pris à ce moment par la sortie de son film Ni le Ciel ni la Terre, mais qui avait toujours gardé en tête ce projet de tapisserie, jusqu'au démarrage des travaux préparatoires en 2017. Après Mathieu Mercier, Prix Marcel-Duchamp en 2003, Eva Nielsen, ou encore Jean-Baptiste Bernadet pour la nouvelle collection lancée par la Cité de la tapisserie "Carré d'Aubusson", ce projet est révélateur de l'intérêt grandissant du monde de l'art contemporain pour la tapisserie, considérée comme un medium à part entière dans le travail pluri-media des artistes de la jeune scène contemporaine, dans un contexte où la distinction traditionnelle entre arts décoratifs et arts plastiques tend à s'effacer.
Des captures d'écran à la matérialité du tissage
La question de l'immersion, possibilité offerte par la tapisserie dans ses proportions monumentales, et celle de la correspondance du pixel avec le point de tapisserie, ont su convaincre l'artiste de s'essayer au médium textile.
Pour créer sa maquette de tapisserie, Clément Cogitore puise son inspiration dans les images d’actualités des émeutes de 2011 sur la place Tahrir au Caire, en Égypte.
« Ce projet s’inscrit dans la lignée de mon travail autour d’images très peu définies, circulant en réseau suscitant récits, croyances ou superstition chez le regardeur par son absence de détails. Par le manque d’information qu’elle communique, l’image devient alors un support de projection de l’imaginaire du spectateur, ouverte à tous les possibles. »
Travaillant à partir de captures d’écran très agrandies, Clément Cogitore s’intéresse aux relations entre l’image numérique et la tapisserie dans le rapport pixel et point de tapisserie. La découverte des savoir-faire, des techniques propres à la tapisserie, a été envisagée comme un temps préparatoire essentiel à la création de la maquette.
La création de cette maquette et la mise au point du carton a ainsi représenté l'aboutissement d'un processus de maturation du projet de tissage, mis en place par la Cité de la tapisserie dans le cadre des créations contemporaines : un long travail d'itération, d'échanges entre Clément Cogitore et le comité de tissage constitué par Bruno Ythier, conservateur de la Cité de la tapisserie et Delphine Mangeret, cartonnière, avec le concours des lissiers retraités Alain Chanard et René Duché, afin de déterminer les choix de couleurs et de matières, de définir le "grain" de la future tapisserie (le calibre du tissage). L'enjeu technique consiste à interpréter une image numérique très peu définie, si compressée que les détails en sont absents, et de la traduire en un tissage assez large, donnant une présence forte au textile, dans des dimensions importantes : 5 x 2,40 m.
La Cité de la tapisserie a lancé un appel d'offres auprès des ateliers de la région d'Aubusson-Felletin en s'appuyant sur un cahier des charges précis. C'est l'échantillon tissé par l'Atelier A2, dirigé par France-Odile Perrin-Crinière à Aubusson, qui a su convaincre l'artiste et le jury de la Cité de la tapisserie.
Artiste et lissières ont travaillé ensemble au calage du tissage, déterminé la grosseur de la chaîne et les couleurs des laines utilisées pour la trame. L'atelier a ensuite fait appel au teinturier Thierry Roger, établi à Aubusson, qui a réalisé les couleurs sur mesure, pour un démarrage du tissage sur le métier en février 2019.
Cette première tapisserie de Clément Cogitore est présentée du 30 juin au 24 août 2019 sur les planches de la Scène nationale d'Aubusson, au Centre culturel et artistique Jean-Lurcat (Avenue des Lissiers, 23200 Aubusson) où se tient également l'exposition temporaire de la Cité de la tapisserie, "Le Mur et l'Espace".
L'acquisition de la maquette de Clément Cogitore, qui intègre ainsi les collections "Musée de France" de la Cité de la tapisserie, a été effectuée par la Cité de la tapisserie grâce au financement de la Fondation d'entreprise AG2R La Mondiale pour la vitalité artistique. Cette fondation d'entreprise dédiée au mécénat culturel s'engage en faveur des territoires, pour la préservation du patrimoine culturel régional, matériel et immatériel, la valorisation de la création contemporaine, ainsi que la promotion des métiers d’art.
Né en 1983 à Colmar, Clément Cogitore vit et travaille à Paris. Il est représenté par la Galerie Eva Hober (Paris) et la Galerie Reinhard Hauff (Stuttgart).
Après des études à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg et au Fresnoy-Studio national des arts contemporains, Clément Cogitore développe une pratique à mi-chemin entre cinéma et art contemporain. Mêlant films, vidéos, installations et photographies, son travail questionne les modalités de cohabitation des hommes avec leurs images, il y est question de rituels, de mémoire collective, de figuration du sacré...
Clément Cogitore a été récompensé en 2011 par le Grand prix du Salon de Montrouge, puis nommé pour l’année 2012 pensionnaire de l’Académie de France à Rome-Villa Médicis. En 2015 son premier long-métrage Ni le ciel, Ni la terre a été récompensé par le Prix de la Fondation Gan au Festival de Cannes – Semaine de la critique. Il a été nommé aux Césars 2016 dans la catégorie Premier film. Il a obtenu en 2016 le Prix Sciences Po pour l’art contemporain, ainsi que le Prix de la Fondation Ricard : deux de ses œuvres ont ainsi été sélectionnées pour intégrer la collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne. Son travail a été exposé à l’été 2016 au Palais de Tokyo. Premier lauréat du Prix le BAL de la Jeune Création avec l’ADAGP pour Braguino ou La communauté impossible, ce projet lui a également valu la mention spéciale du Grand Prix de la compétition internationale du FIDMarseille en juillet 2017. Nommé aux côtés des artistes Mohammed Bourouissa, Thu Van Tran et Marie Voignier, Clément Cogitore a remporté le Prix Marcel-Duchamp 2018, le 15 octobre 2018. Il met en scène l'opéra-ballet Les Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau, à l'Opéra Bastille du 27 septembre au 15 octobre 2019. Clément Cogitore avait signé un film explosif en 2017, adaptation extraite des Indes Galantes avec des danseurs de krump.