Les actus de la cité

Aubusson & l'UNESCO: 10 ans !

31.01.2019

L'année 2019 sera jalonnée par les rendez-vous célébrant le dixième anniversaire de l'inscription des savoir-faire de la tapisserie d'Aubusson au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO.

En septembre 2009, les savoir-faire et techniques de la tapisserie d'Aubusson étaient inscrits sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l'humanité  par l'UNESCO, à un moment où la pratique de la tapisserie à Aubusson était en réel danger. Dix ans, cinq promotions d'élèves lissiers, plusieurs ouvertures d'ateliers et des dizaines de créations contemporaines plus tard, la sauvegarde du savoir-faire paraît assurée, dans un contexte mondial marqué par un regain d'intérêt certain pour l'art textile.

Le coup d'envoi des célébrations sera donné les 5 et 6 février 2019, avec les rencontres européennes "Patrimoine culturel immatériel, musées et innovation" organisées par le Projet "Patrimoine culturel immatériel et Musées" (IMP) en partenariat avec le Centre français du Patrimoine culturel immatériel, à la Cité de la tapisserie. Dans ce cadre, la Cité de la tapisserie reçoit les membres du Théâtre des Origines (Pézenas, 34) en résidence pour la création d'une "conférence burlesque" alimentée par leur découverte du Patrimoine culturel immatériel d'Aubusson. (Représentation publique le 5 février à 18h.)

Les 27 et 28 août 2019, la Cité de la tapisserie accueillera une summer school de l'université de Bordeaux, ouverte au public sur inscription, pour des conférences et des visites thématiques sur la question de l'interprétation tissée, une immersion dans la filière tapissière de la région.

La notion de "tapisserie à 4 mains" (celles de l'artiste créateur et celles du lissier interprète textile) ainsi que la présence d'une filière de production complète furent deux axes prépondérants lors de l'inscription de la tapisserie d'Aubusson au Patrimoine culturel immatériel par l'UNESCO, seront particulièrement à l'honneur à l'occasion des Journées européennes du Patrimoine, les 21 et 22 septembre 2019 : un grand rendez-vous entre le public et les savoir-faire d'Aubusson, dix ans tout juste après l'inscription à l'UNESCO, pour découvrir le processus de création d'une tapisserie, du carton au tissage.

Les actus de la cité

"Christmas 1926": une Lettre du Père Noël pour les fêtes

30.11.2018

Les "tombées de métier" des tapisseries qui constituent la Tenture Tolkien, initiée en 2017 par la Cité internationale de la tapisserie en partenariat avec le Tolkien Estate, s'enchaînent au rythme de 4 par an. La fin de l'année 2018 verra le dévoilement d'une œuvre "de saison" : la première pièce issue des "Lettres du Père Noël".

Réalisée à partir d'illustrations originales de l'auteur J.R.R. Tolkien, la tenture actuellement en cours de réalisation à Aubusson prend appui sur quatre grands ensembles : Les Lettres du Père Noël (recueil de lettres écrites et illustrées par J. R. R. Tolkien), Le Hobbit, Le Seigneur des anneaux, ainsi que Le Silmarillion (publiée à titre posthume en 1977 par le fils de J. R. R. Tolkien, Christopher Tolkien), qui retrace les premiers Âges de l’univers de la Terre du Milieu, cadre des romans. Treize tapisseries murales seront ainsi réalisées. La quatorzième œuvre, Numenorean Carpet, sera réalisé au point noué.

Christmas 1926, qui tombera du métier à tisser de l'Atelier Patrick Guillot au sein de la Cité de la tapisserie le 21 décembre prochain, illustre le talent, plus confidentiel, d'un J. R. R. Tolkien extraordinaire auteur de contes pour enfants.

Les Lettres du Père Noël

Moins connues du grand public que celles issues de l'invention de la Terre du Milieu, ces œuvres figurent parmi les plus personnelles de l'auteur.

En 1920, John Tolkien, fils ainé de l’auteur alors âgé de 3 ans, reçoit une lettre venue tout droit du Pôle Nord, expédiée par le Père Noël en personne. Cette lettre lance une tradition familiale qui perdurera jusqu’en 1943, soit jusqu’aux 14 ans de Priscilla, la cadette des quatre enfants Tolkien.

Pendant près de 20 ans, chaque année au mois de décembre, le Père Noël raconte aux enfants Tolkien son quotidien et aventures, souvent les mésaventures provoquées par son premier assistant, l’ours polaire Karhu. Au fil des années, les lettres deviennent de plus en plus longues, toujours accompagnées d’une ou plusieurs illustrations. Les lettres et dessins ont été publiés pour la première fois en 1976 dans une édition préparée par Baillie Tolkien, l'épouse de Christopher.

Une série plus intimiste au sein de de la tenture

Ce premier tissage de la série des Lettres du Père Noël est marqué par une interprétation plus intimiste, conformément au caractère familial des œuvres, à l'origine destinées uniquement au cadre familial : un format plus petit, un tissage plus fin permettant plus de détails dans un format plus petit (5,5 fils au centimètre contre 4 pour les pièces précédentes). Un traitement qui invitera le spectateur à une observation plus proche, dans un rapport plus intime avec la matière et l'œuvre.

L'œuvre : un dessin à deux mains... et deux pattes

Christmas 1926, d’après Les Lettres du Père Noël de J.R.R. Tolkien, 1926, tissage en cours par l'atelier Patrick Guillot d'une tapisserie de 2,50m x 3,07m. © The Tolkien Estate Ltd 1976.

Sur les enveloppes, Tolkien dessinait un timbre représentant le Pôle Nord, pour que les Lettres soient reconnaissables du premier coup d'œil. Cette représentation du Pôle Nord est l’élément de base dans la lettre et l’illustration de 1926 : un pôle découpé par une stalagmite géante, adossé à une aurore boréale.

Cet épisode des aventures du Père Noël prend la forme d'un dialogue entre le vieil homme à la main tremblante et son espiègle assistant, dans la rédaction comme dans la réalisation du dessin.

On découvre que l'Ours du Pôle Nord a déclenché un feu d'artifice extraordinaire en allumant "deux ans d'Aurores boréales en un instant", que le Père noël dit avoir du mal à retranscrire, malgré le grand renfort de couleurs, car il lui semble "impossible de peindre la lumière qui fuse".

Puis c'est l'Ours du Pôle Nord qui prend le relai, racontant combien il s'est amusé et se croquant lui-même, hilare, observant le Père Noël lancé à la poursuite de ses rennes effrayés par l'explosion.

 

En 2019, les tissages des pièces de la Tenture Tolkien se poursuivront dans l'atelier de tapisserie hébergé au 2e étage de la Cité de la tapisserie, accessible ponctuellement au public, et les œuvres réalisées seront visibles dans les espaces d'exposition.

Œuvres tissées

Bilbo comes to the Huts of the Raft-elves

Bilbo comes to the Huts of the Raft-elves (Bilbo parvient aux huttes des Elfes des Radeaux)
D’après une aquarelle originale de J.R.R. Tolkien pour The Hobbit, 1937, tapisserie de 3,2 m x 2,78 m, tissage Ateliers A2 et Françoise Vernaudon, Aubusson, 2018. Collection Cité internationale de la tapisserie. © The Tolkien Estate Ltd 1937.

Le 06 avril 2018, la première tapisserie jamais créée d'après l'œuvre graphique originale du père de Bilbo Le Hobbit, J. R. R. Tolkien, était dévoilée après des mois de tissage, et entrait dans les collections de la Cité internationale de la tapisserie. Le travail des lissières de l'Atelier A2 et de l'atelier Françoise Vernaudon avait su convaincre la foule rassemblée pour la découvrir et l'œuvre avait été saluée par la Famille Tolkien. 

En découvrant Bilbo comes to the Huts of the Raft-elves, Baillie Tolkien, belle-fille du célèbre auteur et qui a été son assistante pendant les dix dernières années de sa vie, notait à quel point la tapisserie soulignait la qualité de l'œuvre de son beau-père en la transposant dans des dimensions monumentales. Elle se réjouissait de la rencontre du savoir-faire français avec l'œuvre graphique du « so British » Tolkien : « Je suis convaincue qu’il aurait été absolument ravi de cette tapisserie et du fait que des mains humaines ont travaillé maille après maille pour reproduire son œuvre. »

Retrouvez la tombée de métier en vidéo :

L'œuvre

L'aquarelle originale

C’est l’illustration préférée de Baillie Tolkien. Après leur combat avec les araignées, la troupe de hobbits se fait capturer par les Elfes de la Forêt : seul Bilbo leur échappe, grâce au pouvoir de l’anneau. Les suivant jusqu’à leurs cavernes, il finit par libérer ses compagnons et les cache dans des tonneaux de vin vides, tonneaux rejetés dans la rivière grâce à une trappe prévue à cet effet. Bilbo se cramponne à l’un des barils et tous dérivent sur la rivière, jusqu’à ce qu’ils soient récupérés par les Elfes des Radeaux qui transportent les tonneaux vides vers Bourg-du-Lac. Contrairement au texte qui fait se dérouler la scène de nuit, le jour est levé : peut-être ce soleil levant suggère-t-il la « renaissance » de la compagnie, après son enfermement au palais du roi des Elfes de la Forêt, Thranduil. Une fois encore, Tolkien se sert en expert de la gouache, en particulier pour l’eau claire autour des barils. Pour le ciel matinal brillant, il s'agit tout simplement de la couleur du papier vierge.

Le Hobbit (Extrait - Chapitre 9 « Treize tonneaux à la dérive »)

« Ainsi M. Bessac finit tout de même par arriver dans un lieu où les arbres devenaient plus clairsemés de chaque côté. Un ciel plus pâle se dessinait entre leurs cimes. Le sombre cours d’eau s’élargit soudain et rejoignit le flot généreux de la Rivière de la Forêt, arrivée en trombe des grandes portes du roi. Au milieu de cette échancrure, à la surface des eaux qui glissaient imperceptiblement, se voyaient les reflets changeants et brisés de nuages et d’étoiles. Puis le flot pressé de la Rivière de la Forêt entraîna tous les fûts et les barriques vers sa rive septentrionale, où son  cours avait sculpté une large baie. Celle-ci était ceinturée de hautes berges qui donnaient sur une plage de galets, et du côté est, un petit promontoire rocheux s’avançait jusqu’au rivage. La plupart des tonneaux s’échouèrent dans ses eaux peu profondes ; d’autres se heurtèrent à sa jetée de pierre. »

Un tissage inédit

© The Tolkien Estate Ltd 1937 / Photo Nicolas Roger

Après une semaine consacrée au montage de la chaîne sur le métier à tisser, la responsable de l’Atelier A2 France-Odile Crinière-Perrin et ses deux collaboratrices Patricia Bergeron et Aïko Konomi, toutes deux issues de la formation de lissiers, ont réceptionné les laines fournies par la Filature Terrade à Felletin et teintes spécialement pour le projet par le teinturier aubussonnais Thierry Roger. Pour éviter les disparités et créer l’unité de la tenture Tolkien, la Cité de la tapisserie a en effet choisi de fournir aux ateliers chargés des tissages les laines teintes selon les couleurs définies par le comité de tissage et qui sont communes aux différentes pièces.

Débuté au cours du mois de décembre 2017, ce premier tissage Tolkien a représenté un marathon. L'équipe s'est renforcée avec l'arrivée de la lissière Françoise Vernaudon à partir de janvier 2018. La tapisserie a été achevée début avril 2018.

Au-delà du rythme soutenu, les œuvres de la tenture Tolkien représentent un défi technique, car la manière de la tisser demande une certaine gymnastique. La définition des grands principes techniques et esthétiques des futures tapisseries a été établie en amont par le comité de tissage constitué de la cartonnière Delphine Mangeret, d’un lissier retraité référent, René Duché, et du conservateur de la Cité de la tapisserie Bruno Ythier. Le choix retenu a été de tisser comme si J. R. R. Tolkien en personne avait amené ses dessins aux ateliers d'Aubusson, c'est-à-dire en s'inspirant des réalisations des années 1930 au sein de l’École nationale d’Art décoratif d’Aubusson et en guidant les lissiers chargés des tissages selon un principe d’interprétation ancien que l’École avait remis en avant : l’usage de couleurs pures et une écriture technique très marquée en prenant modèle sur la tapisserie des XVe et XVIe siècles, peu utilisée aujourd’hui.

 

Les actus de la cité

Premières de cordée : découvrez le catalogue de l’exposition

24.10.2018

Du 17 juin au 23 septembre 2018, la Cité de la tapisserie organisait l’exposition Premières de cordée. Broderies d’artistes à l’origine de la Rénovation de la tapisserie, dédiée aux tapisseries brodées d’artistes entre 1880 et 1950. Richement illustré, le catalogue de l'exposition, Broderies d’artistes. Intimité et créativité dans les arts textiles de la fin du XIXe au milieu du XXe siècle, vous replonge dans l'histoire d'un tournant dans la création textile, pour lequel les femmes intimes des artistes ont joué un rôle décisif.

Pourquoi Aubusson, ville de tapisserie, s’intéresse-t-elle à des broderies ? C'est ce que développe Bruno Ythier, conservateur de la Cité de la tapisserie, dans son avant-propos : alors qu’à la fin du XIXe siècle la tapisserie telle que pratiquée par les Gobelins, Beauvais et Aubusson, faite de prouesses illusionnistes, n’attirait pas les artistes d'avant-garde, certains aspiraient néanmoins à une interprétation textile de leur œuvre, séduits par les techniques de la tapisserie médiévale. Leurs projets textiles vont avoir une importance décisive pour la Rénovation de la tapisserie de lisse alors souhaitée par les pouvoirs publics. À travers une sélection de 50 pièces textiles rares, l’exposition Premières de cordée explorait ainsi les origines de la Rénovation de la tapisserie au XXe siècle vers un retour à ses fondamentaux et mettait en avant les femmes restées dans l’ombre des artistes dont elles ont brodé les œuvres.

Dirigé par la commissaire scientifique de l’exposition, Danièle Véron-Denise, l’ouvrage revient sur les mots de la broderie, de ses techniques et de ses différents points, essentiels à la compréhension des œuvres présentées et de la rupture avec ce qui se faisait jusqu’alors. Ces éléments sont illustrés par de riches images de détails des œuvres.

Comment les avant-gardes artistiques de la fin du XIXe siècle ont-elles renouvelé l’art textile ? Comment ont-elles révolutionné l’esthétique de la tapisserie ? Les portraits de Maillol, Bernard, Ranson, Lurçat, Waroquier, Deltombe, Maillaud, Bissière et Pomey notamment permettent de revenir sur le contexte de création de ces œuvres en avance sur leur temps, mais aussi sur le rôle essentiel joué par les femmes du premier cercle de ces artistes.

Le catalogue répertorie l'ensemble des œuvres de l’exposition, illustrées en haute définition, regroupées pour la première fois en si grand nombre. L'ouvrage apporte ainsi un éclairage singulier sur les origines du renouveau de la tapisserie d’Aubusson au début du XXe siècle.

Broderies d’artistes. Intimité et créativité dans les arts textiles de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle, Danièle Véron-Denise, Silvana Editoriale, Milan, 2018.

Infos pratiques

Retrouvez l'ouvrage sur la boutique de la Cité de la tapisserie.

Just'Lissières

Tissage de basse-lisse.

Carré d'Aubusson

La collection "Carré d’Aubusson" a l’ambition d’initier et de produire une série d’œuvres contemporaines en tapisserie, à l’échelle de l’habitat et du décoratif, d’une surface carrée d'environ 3,5 m² (1,84 m x 1,84 m), en lien étroit avec des galeries.

 

Contrepoint aux appels à projets monumentaux que la Cité de la tapisserie réalise par ailleurs, chaque carré de tapisserie, par sa valeur patrimoniale et contemporaine, fera figure d’écran textile, de fenêtre picturale, de paysage tissé...

Dans cet ensemble particulier, la force décorative renoue avec l’usage traditionnel de la tapisserie, produit mobile et mobilier vertical, à échelle domestique : un format à la valeur immersive et, paradoxalement, à la mesure du quotidien.

La collection a pour objectif de mettre en œuvre des productions destinées à des accrochages de la sphère de l'intime. La sélection des artistes contemporains, dont la traduction du langage plastique interroge avec pertinence l’écriture du point de tapisserie, du textile dans son actualité et des qualités intrinsèques d’une image qui apparaît dans l’étoffe par le biais d'une transcription spécifique, viennent actualiser le médium.

Cette série d’œuvres se pense, dès la conception, au regard de la technique patrimoniale d’Aubusson et développe une vision prospective de la place de la tapisserie, interroge la qualité narrative, figurative, prise dans les enjeux actuels tels que le numérique, les questions de représentation, de dimensions et de définitions du visible.

Le premier artiste sollicité pour rejoindre le Fonds contemporain de la Cité de la tapisserie pour la collection "Carré d'Aubusson" est Raùl Illarramendi, dans le cadre d'une convention signée avec la galerie Karsten Greve (Paris).

Jean-Baptiste Bernadet signe le deuxième Carré d'Aubusson, grâce à un partenariat conclu avec la galerie Almine Rech.

Le troisième Carré de la collection sera tissé à partir de l'oeuvre d'Amélie Bertrand en partenariat avec la galerie Semiose.

Le quatrième artiste à réaliser une de ses œuvres en tapisserie d'Aubusson est Romain Bernini avec After Laugher Comes Tears, dans le cadre d’une collaboration entre la Galerie Suzanne Tarasieve et la Cité internationale de la tapisserie. 

La production de la collection "Carré d'Aubusson" est accompagnée par la Fondation Bettencourt Schueller dans le cadre de l'attribution du Prix Liliane Bettencourt pour l'intelligence de la main® - Parcours 2018.

Expo passée

Premières de cordée

Du 17 Juin 2018 au 23 Septembre 2018

Une exposition inattendue !

Pour l’été 2018, la Cité de la tapisserie réinvestit les salles de l’ancien musée départemental de la tapisserie avec une exposition originale consacrée aux tapisseries brodées d’artistes entre 1880 et 1950. La présentation explore ainsi les origines de la Rénovation de la tapisserie au XXe siècle et met en avant les femmes restées dans l’ombre des artistes dont elles ont brodé les œuvres.

Bruno Ythier, conservateur de la Cité de la tapisserie, assure le co-commissariat de cette exposition aux côtés de Danièle Véron-Denise, conservatrice honoraire des textiles au musée du Château de Fontainebleau.

À la fin du XIXe siècle, les artistes d’avant-garde, séduits par l’esthétique de la tapisserie médiévale, cherchent à faire tisser leurs œuvres selon ces techniques. Mais celles-ci sont perdues et ces artistes n’ont ni la notoriété ni les moyens pour faire appel aux manufactures d’État ou aux ateliers privés. Ils se tournent alors vers des femmes de leur premier cercle (épouse, sœur, mère).

Considérées comme des « ouvrages de dames » ces œuvres ont été peu collectionnées par les musées français et se trouvent aujourd’hui surtout en Hollande, au Danemark, en Allemagne, ou dans des collections privées. Il s’agit donc de présenter une sélection de pièces textiles rares souvent plus vues en France depuis un siècle.

Aristide Maillol, Émile Bernard, Paul-Élie Ranson, Fernand Maillaud, Jean Arp, Paul Deltombe, Jean Lurçat, Henri de Waroquier, Roger Bissière, etc. Plusieurs des artistes exposés sont d’ailleurs des chevilles ouvrières de la Rénovation de la tapisserie, à travers le travail textile de femmes intimes.

POURQUOI CETTE EXPOSITION ?
Par Bruno Ythier, Conservateur de la Cité de la tapisserie

Cette présentation est totalement inédite, car c’est la première fois que sont rassemblées autant d’œuvres brodées d’artistes de la fin du XIXe au milieu du XXe siècle. Nombre des brodeuses, épouses ou mères de ces artistes, ont consciemment ou pas, préparé la Rénovation de la tapisserie au XXe siècle.

À la fin du XIXe siècle, la tapisserie de lisse ne répondait pas aux aspirations des avant-gardes artistiques qu’étaient le postimpressionnisme ou le mouvement Nabi. Depuis les années 1875, artistes et critiques voulaient rénover cet art décoratif et lui faire quitter l’influence des peintres au profit des architectes et des décorateurs. À cette époque, plusieurs expositions de tapisseries anciennes, médiévales et Renaissance, montraient leur simplicité formelle, leurs couleurs franches. Elles permettaient de mesurer des siècles d’évolutions techniques, vers toujours plus de finesse, de variété de coloris, de manière picturale.

Si les pouvoir publics souhaitaient donc réformer l’art de la tapisserie, ils ne pouvaient que peu intervenir dans la manière de tisser, car celle-ci était l’apanage des lissiers veillant jalousement sur leurs prérogatives. Ainsi toute une filière était organisée autour de la finesse (9 à 10 fils de chaîne par cm). L’intervention de l’administration des Beaux-Arts se portait principalement sur le choix des artistes et l’iconographie.

Les artistes de l’école de Pont-Aven, les Nabis, comme Émile Bernard, Aristide Maillol ou Paul-Élie Ranson étaient fascinés par la tapisserie médiévale. Ayant changé l’écriture de l’estampe et révolutionné l’art de graver, ils allaient faire de même avec la tapisserie. Bernard débuta dès les années 1880 ; Maillol prit le sujet à bras le corps et créa même ses propres teintures. Grâce au travail de leurs compagnes ou mères brodeuses, ils retrouvaient, enfin ce très gros grain que les lissiers contemporains, d’où qu’ils fussent, ne pouvaient leur réaliser et que de toute façon, les artistes n’avaient pas les moyens de financer.

Il y eut les époux Maillaud et le peintre Jean Lurçat dont l’épouse Marthe Hennebert, lui fit percevoir le potentiel architectural et monumental du textile. Il y eut les époux Deltombe, amis du Directeur de l’École Nationale d’Art Décoratif d’Aubusson, Antoine Marius Martin. Ce dernier, arrivé à Aubusson en 1917, voulait non seulement renouveler les artistes, mais aussi totalement repenser la façon de tisser. Ce graveur postimpressionniste appréciait beaucoup les interprétations d’Yvonne Deltombe aux couleurs véritablement réduites, aux formes affirmées, au grain de tissage trois fois plus gros qu’en tapisserie de lisse. Sa révolution technique à Aubusson ne se fit pas sans mal : le conseil Municipal vota une motion demandant sa destitution et le député Camille Bénassy protesta contre ses méthodes qui détruisaient le savoir faire des peintres et  des ouvriers aubussonnais dont il a ruiné l’école par ses prétentions à rénover l’industrie de la tapisserie.

Les broderies ne représentaient qu’une part de la production de ces artistes mais ils la considéraient comme ayant eu une grande influence, voire ayant été un tournant dans leur carrière.

Ces collaborations intimes entre artistes et leur mère ou épouse, ont mobilisé la technique de la broderie au plus près de la pensée créatrice. Cette connivence était fondamentale pour réussir l’interprétation du projet initial vers le textile. Les musées et amateurs d’Europe du Nord l’ont bien compris et ont largement collectionné ces broderies d’artistes. La France a hélas trop souvent considéré ces pièces comme des ouvrages de dames, sans en comprendre l’importance artistique.

Infos pratiques

PREMIÈRES DE CORDÉE,
Broderies d’artistes, aux sources de la Rénovation de la tapisserie

17 juin - 23 sept. 2018, Centre culturel et artistique Jean-Lurçat, Aubusson

Le billet d'entrée à la Cité internationale de la tapisserie donne accès à l'exposition du Centre culturel et artistique Jean-Lurçat.

Partenaires

Fondation d'entreprise AG2R La Mondiale pour la Vitalité artistique

La Cité de la tapisserie, est soutenue par la Fondation d'entreprise AG2R La Mondiale pour la vitalité artistique, pour l'acquisition d'une maquette de tapisserie de l'artiste vidéaste Clément Cogitore, ainsi que pour le tissage de la première tapisserie d'après les œuvres graphiques originale de J. R. R. Tolkien, Bilbo comes to the Huts of the Raft-Elves. Créée en février 2017, cette fondation d'entreprise dédiée au mécénat culturel s'engage en faveur des territoires, pour la préservation du patrimoine culturel régional, matériel et immatériel, la valorisation de la création contemporaine, ainsi que la promotion des métiers d’art.

Commandes mécénées

eL Seed

Création – eL Seed, artiste franco-tunisien né en 1981, vit et travaille à Dubaï.
Tissage – Just'lissières, Aubusson
Dimensions – 2,50 x 2,50 m

Souhaitant une forte référence à la tradition française, eL Seed a réalisé la maquette de sa tapisserie en calligraphiant une phrase fétiche de Jean Lurçat : « C’est l’aube d’un monde nouveau, un monde où l’homme ne sera plus un loup pour l’homme », gravée sur son épée d’académicien.

 

Un projet international

Parmi ses missions de soutien économique et artistique à la filière tapisserie, la Cité de la tapisserie a engagé une action de prospection vers les Emirats Arabes Unis en 2016, avec le recrutement d’un Volontaire International en Entreprise chargé de nouer un réseau de contacts et déterminer des artistes importants pour les E.A.U. susceptibles d’être tissés.

Le Sénateur de la Creuse Jean-Jacques Lozach, alors Président de la Cité de la tapisserie, le Directeur de la Cité de la tapisserie Emmanuel Gérard ainsi qu'une délégation de la Chambre de Commerce et d'Industrie de la Creuse se sont ensuite rendus aux E.A.U pour appuyer cette mission. Plusieurs projets sont en cours de concrétisation, dont certains vont permettre une présence de la tapisserie d’Aubusson dans des lieux prestigieux des Émirats.

Un projet a particulièrement retenu l’attention de la Cité de la tapisserie pour intégrer la section contemporaine de sa collection publique « Musée de France ». Il s’agit d’une maquette proposée par l’artiste franco-tunisien eL Seed, installé à Dubaï. La Cité de la tapisserie a souhaité acquérir une maquette de cet artiste et en faire réaliser un tissage dans le cadre de son Fonds contemporain.

Ce projet, tout à fait représentatif de la nouvelle démarche engagée pour développer des commandes de tapisseries depuis les Émirats, est ainsi initié par une œuvre exemplaire de la création de ponts entre le métier d’art français et l’expression contemporaine d’un artiste du monde musulman, dans la lignée de la labellisation Unesco.

De plus, le travail d’eL Seed s’inscrit dans une démarche d’art mural prometteuse dans la perspective d’un futur investissement de cet artiste dans la tapisserie.

Présenté aux dirigeants de l’Institut du Monde Arabe, ce projet a reçu un soutien et des encouragements écrits de la part de Jack Lang, Président de l’IMA.

L'artiste s'est rendu à Aubusson en octobre 2017 pour une séance de travail et d'échanges autour de la transcription tissée de son œuvre. Accompagné par une cartonnière et par le conservateur de la Cité de la tapisserie, il a déterminé un cahier des charges précis contenant ses intentions pour le tissage, les œuvres des collections pouvant servir de références (notamment Triangles blancs, d'après Alexander Calder). L'artiste se chargera de la diffusion de son œuvre auprès de collectionneurs et d'institutions muséales, en vue de retissages dans la limite des 7 exemplaires encore possibles.

La tapisserie est tombée de métier en septembre 2020. Elle a été dévoilée publiquement à la Cité internationale de la tapisserie en janvier 2021.

 

Né en France en 1981, eL Seed a installé son studio de création aux Émirats Arabes Unis. Les compositions calligraphiques d’eL Seed font appel non seulement aux mots et à leur signification, mais aussi à leur mouvement, qui transporte le spectateur dans un univers surréaliste. eL Seed aborde, à travers son travail, des sujet qui semblent contradictoires, mais qui reflètent la réalité complexe de l'humanité et du monde dans lequel nous vivons.

eL Seed a installé son travail dans l’espace public, les galeries et les institutions aux quatre coins du monde. Des rues de New York, aux favelas de Rio de Janeiro, des bidonvilles du Cap, aux immeubles de Paris, son approche contemporaine vise à rapprocher les peuples, les cultures et les générations.

En 2017, eL Seed remporte le Prix UNESCO Sharjah pour la culture arabe. Il est nommé « Global Thinker » en 2016 par la revue Foreign Policy pour son projet « Perception » dans le quartier des Chiffonniers du Caire. En 2013, il collabore avec Louis Vuitton en décorant de ses calligraphies le célèbre « Foulard d’artiste ».

Pour aller plus loin

Découvrez les autres oeuvres d'eL Seed sur son site internet

Commandes mécénées

Clément Cogitore

L'artiste et réalisateur Clément Cogitore s'est prêté au jeu de l'adaptation d'une œuvre en tapisserie d'Aubusson, grâce au mécénat de la Fondation d'entreprise AG2R La Mondiale pour la vitalité artistique.

Dans le cadre du Fonds régional pour la création de tapisseries contemporaine, et en parallèle des appels à projets lancés chaque année depuis 2010, la Cité de la tapisserie œuvre pour la création en tapisserie d’Aubusson et ainsi soutenir sa filière économique à travers des projets spécifiques, réalisés en partenariat avec des artistes, des architectes, des galeries, des studios ou d’autres institutions.

La Cité de la tapisserie travaille actuellement avec l’artiste et réalisateur Clément Cogitore dans la perspective de créer une tapisserie, résolument contemporaine, adaptée d'une image créée à partir de plusieurs captures d'écran d'images d'actualité de 2011, lors de la révolution égyptienne : Ghost_Horseman_of_the_Apocalypse_in_Cairo_Egypt.jpg. Cette collaboration est le fruit de la rencontre, il y a quelques années, du directeur de la Cité internationale de la tapisserie Emmanuel Gérard avec Clément Cogitore par l'intermédiaire de Jérémy Planchon et Camille de Bayser.

L'acquisition de cette maquette, qui intègre ainsi les collections "Musée de France" de la Cité de la tapisserie, est soutenue par la Fondation d'entreprise AG2R La Mondiale pour la vitalité artistique. Créée en avril 2007, cette fondation d'entreprise dédiée au mécénat culturel s'engage en faveur des territoires, pour la préservation du patrimoine culturel régional, matériel et immatériel, la valorisation de la création contemporaine, ainsi que la promotion des métiers d’art. 

Ghost_Horseman_of_the_Apocalypse_in_Cairo_Egypt.jpg

Clément Cogitore s’intéresse à la tradition de la représentation de la bataille dans l’art, pour ses aspects cinégéniques et sa qualité à produire du récit, de la fiction et du romanesque, s’appuyant là sur l’iconographie de Paolo Uccello et sa Bataille de San Romano (vers 1456).

Pour son projet de tapisserie, Clément Cogitore puise son inspiration dans les images d’actualités des émeutes de 2011 sur la place Tahrir en Égypte. Parmi les plans des émeutes, un séquence a particulièrement été reprise dans le monde entier, car on y voyait apparaître un halo lumineux (un flare1) traversant la foule et évoquant la silhouette d’un homme à cheval. Des internautes du monde entier l’ont alors identifiée à celle du quatrième cavalier de l’Apocalypse, faisant de ces images un nouveau récit.

Travaillant à partir de captures d’écran très agrandies, Clément Cogitore s’intéresse aux relations entre l’image numérique et la tapisserie dans leur rapport commun au pixel. La découverte des savoir-faire est ainsi envisagée comme un temps préparatoire essentiel à la création de la maquette.

"Ce projet s’inscrit dans la lignée de mon travail autour d’images très peu définies, circulant en réseau suscitant récits, croyances ou superstition chez le regardeur par son absence de détails. Par le manque d’information qu’elle communique, l’image devient alors un support de projection de l’imaginaire du spectateur, ouverte à tous les possibles."

L'adaptation technique

L'enjeu technique consiste à interpréter avec le cartonnier et le lissier une image numérique très peu définie, si compressée que les détails en sont absents, et de la traduire en un tissage assez large, donnant une présence forte au textile, dans des dimensions importantes : 5 x 2 m. Pour déterminer les choix de couleurs et de matières, définir le "grain" de la future tapisserie (le calibre du tissage), l'artiste, accompagné par un comité technique constitué par la Cité de la tapisserie, a choisi de faire réaliser des "tirelles", c'est-à-dire de petits échantillons tissés de quelques centimètres de large. Le comité de tissage a ainsi travaillé à la définition d'un cahier des charges précis pour le tissage de l'œuvre. Après un appel d'offres lancé auprès des ateliers de tissage de la région d'Aubusson-Felletin, l'Atelier A2 a été a été chargé de réaliser la tapisserie.

L'œuvre est présentée dans un accrochage imaginé par l'artiste, du 30 juin au 24 août 2019 sur les planches de la Scène nationale Aubusson. 

Chapelets de couleurs et échantillons tissés. © Cité internationale de la tapisserie.

1. Un flare est une aberration optique dûe à une diffusion parasite de lumière dans l’objectif de la caméra.

 

 

Né en 1983 à Colmar, Clément Cogitore vit et travaille à Paris. Il est représenté par la Galerie Eva Hober (Paris) et la Galerie Reinhard Hauff (Stuttgart).

Après des études à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg et au Fresnoy-Studio national des arts contemporains, Clément Cogitore développe une pratique à mi-chemin entre cinéma et art contemporain. Mêlant films, vidéos, installations et photographies, son travail questionne les modalités de cohabitation des hommes avec leurs images, il y est question de rituels, de mémoire collective, de figuration du sacré...

Clément Cogitore a été récompensé en 2011 par le Grand prix du Salon de Montrouge, puis nommé pour l’année 2012 pensionnaire de l’Académie de France à Rome-Villa Médicis. En 2015 son premier long-métrage Ni le ciel, Ni la terre a été récompensé par le Prix de la Fondation Gan au Festival de Cannes – Semaine de la critique. Il a été nommé aux Césars 2016 dans la catégorie Premier film. Il a obtenu en 2016 le Prix Sciences Po pour l’art contemporain, ainsi que le Prix de la Fondation Ricard : deux de ses œuvres ont ainsi été sélectionnées pour intégrer la collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne. Son travail a été exposé à l’été 2016 au Palais de Tokyo. Premier lauréat du Prix le BAL de la Jeune Création avec l’ADAGP pour Braguino ou La communauté impossible, ce projet lui a également valu la mention spéciale du Grand Prix de la compétition internationale du FIDMarseille en juillet 2017. Nommé aux côtés des artistes Mohammed Bourouissa, Thu Van Tran et Marie Voignier, Clément Cogitore a remporté le Prix Marcel-Duchamp 2018, le 15 octobre 2018. Il met en scène l'opéra-ballet Les Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau, à l'Opéra Bastille du 27 septembre au 15 octobre 2019. Clément Cogitore avait signé un film explosif en 2017, adaptation extraite des Indes Galantes avec des danseurs de krump.